Fondement · Approfondir · 6 min de lecture

La Génèse de la Sulhie

L’Amana, ce dépôt confié à l’homme, nous laisse au seuil d’une première réconciliation : celle d’une identité capable de s’envisager dans un vécu fidèle à ses élans vitaux.

Grâce à elle, l’être découvre enfin ce à quoi il peut se rattacher, ce qui peut servir de principe d’orientation pour ordonner ses comportements et sa vie.

Mais pour que cette vérité cesse d’être une simple intuition, encore faut-il accomplir maintenant le premier pas : regarder avec lucidité ce à quoi l’on s'amarre encore, ce à quoi l'on demeure accroché;
nos anciens mécanismes,
nos boucliers,
nos anciens récits,
encore présents.

Précisément, la lucidité éclaire la distinction entre les faits et les fables intérieures ; sans violence ni accusation, l’homme apprend à discerner ses pensées, ses récits, ses représentations et les attaches invisibles qui les soutiennent.

Elle invite à démasquer la fusion cognitive : cet état où les peurs, les conflits intérieurs et les habitudes lentement consolidées opposent à tout changement une inertie silencieuse mais tenace en confondant le réel avec la narration qu'on y enchaîne.

La lucidité accomplit le mouvement inverse : celui de la défusion, par lequel l’homme cesse de confondre ses pensées avec des vérités absolues.
Il découvre qu’elles sont l’œuvre de processus cognitifs qui, à partir de ses représentations mentales, élaborent des récits sur lui-même et sur le monde.

De ces récits naissent alors des comportements, notamment ceux d’évitement, qui, loin d’être arbitraires, procèdent d’une logique implicite dont la lucidité vient précisément révéler le mécanisme.

La défusion introduit une distance salutaire : celle qui délivre l’homme de l’aveuglement. Elle est ce mouvement réflexif de l’esprit, qui utilise ses propres ressources pour observer ses récits, comme si l’homme cherchait à s’extraire de lui-même afin de se voir avec vérité.

Revenir en haut ↑