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être témoin de violence

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être témoin de violence

Je te jure, Clémence, je croyais connaître la misère humaine. Mais il y a des spectacles qui vous entrent dans le sang comme un mauvais vin…

application de l’Amana et de la sulhie

Voici une résolution incarnée et progressive du conflit être témoin de violence, inspirée du dialogue précédent, en prenant une lutte interne précise :

Le personnage souhaite intervenir mais craint pour sa propre sécurité.

Le texte suit pas à pas le chemin de résolution intérieure par l’Amana, puis son incarnation concrète par la Sulhie, dans une analyse fine, vécue, sans abstraction inutile.

Amana : Premier levier : reconnaître les dépôts sacrés en présence

Jules comprend d’abord que ce qui s’agite en lui n’est pas un simple conflit d’opinions, mais la rencontre de plusieurs dépôts sacrés, chacun porteur d’un élan vital et d’un besoin supérieur.

Il reconnaît en lui :

Le dépôt de la protection de la vie
Celui qui s’éveille lorsqu’il voit un enfant secoué, un conjoint humilié, un corps menacé. Ce dépôt porte l’élan de préservation, le besoin supérieur de sécurité et de dignité. Il ne réclame pas la violence, mais la mise à l’abri.

Le dépôt de la sécurité personnelle
Celui qui serre la poitrine et calcule les risques. Il porte l’élan de survie, le besoin supérieur d’intégrité physique et psychique. Ce dépôt n’est pas lâche. Il est chargé de maintenir le corps en vie.

Le dépôt de la justesse morale
Celui qui murmure : si tu te tais, tu te perdras. Il porte l’élan de cohérence, le besoin supérieur de fidélité à soi, d’estime intérieure.

Le dépôt de l’appartenance sociale
Celui qui redoute le regard des autres, la marginalisation, les représailles symboliques. Il porte l’élan de lien, le besoin supérieur d’inclusion.

Jules cesse de hiérarchiser ces dépôts comme bons ou mauvais.
Il comprend que chacun lui a été confié et qu’aucun ne doit être sacrifié pour qu’un autre vive.


Amana : Deuxième levier : le gardien redessine les territoires intérieurs

Jules assume alors son rôle de gardien.
Non pour faire taire une partie, mais pour redonner à chacune un espace juste.

Il voit que, jusque-là, la peur occupait tout le terrain.
Elle empêchait la protection d’exister.
Elle étouffait la justesse morale.

Le gardien intervient.

Il pose des limites intérieures claires :

À la peur, il dit :
Tu n’as plus le droit de décider seule. Tu m’informes, tu ne gouvernes pas.

À la protection de la vie, il dit :
Tu n’exigeras pas l’héroïsme aveugle. Tu agiras avec intelligence.

À la justesse morale, il dit :
Tu guideras mes choix, pas mes jugements contre moi-même.

À l’appartenance sociale, il dit :
Tu n’achèteras plus la paix au prix de la dignité.

Concrètement, ces limites deviennent des choix opérants que Jules se prépare à porter dehors :

Il ne s’exposera pas physiquement sans soutien.
Il appellera les autorités plutôt que d’affronter seul.
Il restera présent et visible, sans provoquer.
Il témoignera même si cela dérange.

Chaque dépôt retrouve un territoire où il peut respirer sans écraser les autres.


Amana : Troisième levier : les thèmes symboliques qui guident l’action

Pour maintenir cette cohérence, Jules s’appuie sur des symboles vivants.

Il choisit la figure du gardien de seuil.
Ni guerrier, ni spectateur.
Celui qui empêche le pire d’entrer et ouvre une issue.

Il se répète intérieurement :
Je ne suis pas là pour sauver le monde, mais pour empêcher qu’il s’abîme sous mes yeux.

Il adopte le thème de la lampe dans l’obscurité.
Il ne combat pas l’ombre.
Il éclaire suffisamment pour que les gestes changent.

Ces symboles orientent ses comportements :
parler calmement
nommer les faits
rester présent
ne pas se dissoudre


Amana : Quatrième levier : retrouver son identité par la fidélité aux dépôts

En honorant ces dépôts sans en trahir aucun, Jules retrouve une identité claire :

Il n’est ni lâche, ni téméraire.
Il est responsable.

Son identité se reformule ainsi :
Je suis celui qui protège sans se sacrifier, qui agit sans se renier.

Cette fidélité devient un socle.
Il sait désormais qui il est quand la violence apparaît.


Sulhie : Premier levier : fables intérieures et lucidité

Lorsque la situation revient — un voisin crie, un choc, un silence lourd — les anciennes fables surgissent :

Ce n’est peut-être rien.
Tu exagères toujours.
Tu n’as jamais su gérer les conflits.
La dernière fois, tu t’es senti ridicule.

Jules reconnaît ces pensées.
Il ne les combat pas.
Il les observe.

Il distingue les faits :
des cris
un enfant qui pleure
une peur persistante

Des fables :
des scénarios hérités
des souvenirs de honte
des anticipations catastrophes

Il se rappelle :
Une pensée est un événement mental, pas un ordre.

Il revient à ce qui compte maintenant :
un être en danger
son engagement
sa présence

Les pensées passent.
Il reste.


Sulhie : Deuxième levier : maturité émotionnelle et maintien dans l’inconfort

Quand il agit, appeler, frapper à une porte, parler à un agent — le corps tremble.
Le cœur bat trop vite.
La peur est là.

Cette fois, il ne fuit pas.

Il reste dans l’inconfort, sans se juger.
Il respire.
Il parle lentement.

Les premières fois, la peur dure longtemps.
Puis moins.
Puis elle se transforme.

À force d’expositions successives, le corps apprend :
je peux ressentir cela et rester entier.

La crispation laisse place à une fermeté douce.
La maturité émotionnelle s’installe.


Sulhie : Troisième levier : réconciliation des parties

Après l’action, Jules rassemble ses parties.

La peur est remerciée.
La protection est honorée.
La justesse est confirmée.

Chacune retrouve sa place.
Aucune n’est rejetée.

Il ne se divise plus contre lui-même.
Il se réunit.


Sulhie : Quatrième levier : l’agir conscient et doux

Son action devient fluide.

Il agit sans rage.
Sans tension inutile.
Sans épuisement.

Sa force ne vient plus de la réserve, mais de la source :
les besoins vitaux restaurés
la dignité honorée
la cohérence retrouvée

C’est une action qui ne brûle pas.


Sulhie : Cinquième levier : le constat apaisé

Avec le temps, Jules constate :

Le monde ne s’est pas effondré.
Les dépôts ont été respectés.
Les limites ont été posées et tenues.
Les peurs ont été traversées.
Les liens ont résisté ou se sont clarifiés.

Il n’est plus fusionné à ses pensées.
Il n’a pas fui.
Il a signifié à chaque partie qu’elle comptait.

Et surtout, il voit que cela fonctionne.

Le conflit est résolu, non parce que la violence a disparu du monde,
mais parce qu’elle ne le disperse plus intérieurement.

Jules est devenu un homme habité.
Et cette habitation-là, désormais, protège aussi les autres.

le seuil de pierre, une nouvelle littéraire sur le fait d’être témoin de violence

Rome, 1993. La cour intérieure de l’immeuble de la via dei Serpenti n’avait jamais été un lieu de silence…

Illustration d'une Nouvelle littéraire située à Rome dans les années 1990 : un homme ordinaire, témoin de violence, affronte sa peur et agit avec justesse et humanité.