📚
se laisser aller quand on ne devrait pas
Se laisser aller quand on ne devrait pas naît rarement d’un simple goût pour l’excès.
C’est d’abord un conflit intérieur silencieux entre plusieurs élans légitimes.
Une part de soi cherche l’appartenance, la chaleur du groupe, la reconnaissance immédiate.
Une autre réclame le soulagement, l’oubli d’une fatigue, d’une peur ou d’une ancienne douleur.
Face à elles, une part plus discrète veille sur la sécurité, l’avenir, les engagements pris.
Une autre encore aspire à la dignité, au respect de soi, à la cohérence intérieure.
Lorsque ces élans ne sont pas reconnus, l’un d’eux prend le pouvoir.
Le plaisir immédiat devient alors une loi, et l’excès se fait passeport social.
Le corps obéit avant que la conscience n’ait parlé.
L’instant anesthésie la responsabilité.
Après coup viennent la honte, la fatigue, le regret, parfois le danger.
Le sujet se juge, se promet de changer, puis recommence, faute d’avoir compris ce qui l’a poussé.
Il croit manquer de volonté, alors qu’il manque de garde intérieure.
La résolution commence quand chaque besoin est reconnu comme légitime mais non souverain.
Dire non cesse d’être une privation et devient un acte de fidélité.
La maturité naît de la capacité à rester dans l’inconfort sans fuir.
Le plaisir trouve alors sa juste place, sans détruire ce qui compte.
Se tenir n’est plus se contraindre, mais habiter pleinement sa propre vie.
📚
se laisser aller quand on ne devrait pas
Je te préviens, Nadia, je ne suis pas venu pour un sermon. Je suis venu parce que j’ai la gorge pleine d’un goût amer…
Romain Je te préviens, Nadia, je ne suis pas venu pour un sermon. Je suis venu parce que j’ai la gorge pleine d’un goût amer, celui des lendemains où l’on se réveille avec sa propre vie en désordre, comme une chambre après une fête. Et pourtant, au moment même où je te parle, une partie de moi rêve déjà de recommencer.
Nadia C’est bien pour ça que tu es venu. Tu ne viens pas quand tu vas bien, Romain. Tu viens quand tu sens que tu t’échappes de toi même. Dis moi, dans quel genre de guerre tu te débats. Ne fais pas le héros. Fais le précis.
Romain C’est une guerre qui ressemble à un dîner où tout le monde parle en même temps. Il y a d’abord la tentation, cette voix qui chuchote que la vie est courte et qu’il faut prendre. Il y a ensuite le regard des autres, qui fait de chaque verre un signe d’appartenance, comme si refuser était une trahison. Il y a mes erreurs, celles qui reviennent comme des habitudes. Et puis il y a le danger, Nadia, le vrai, celui qui ne se voit pas quand on rit.
Nadia Tu viens de me dresser les quatre piliers de ta déroute. La morale, les relations, l’échec, et la menace. Maintenant, fais les scènes. Je veux voir tes actes. Je veux voir comment tu te perds.
Romain Très bien. Imagine moi, au régime, jurant à tout le monde que je vais tenir, et puis un gâteau arrive, une douceur, un parfum de vanille, et tout mon corps s’avance comme si le sucre avait un droit ancien sur moi. Je me dis une part, puis je me dis qu’une part n’est pas une faute, puis je me dis que tant qu’à fauter autant y aller franchement. Et je finis repu, ballonné, honteux, en prétendant que je plaisante. Le pire, c’est que je souris en détruisant l’effort de la veille.
Nadia Tu te racontes que tu joues. En réalité tu cèdes. Et quand tu cèdes, tu fais de ta faiblesse une fête, pour ne pas avoir à la regarder.
Romain C’est pareil pour le reste. Un type que je connais, qui se pique de stéroïdes pour paraître plus fort, plus vite, plus admirable, alors qu’il sait qu’il peut y avoir un test au hasard. Il se croit plus malin que le hasard. Il se dit qu’il mérite de gagner. Et il met sa santé, sa carrière, sa dignité dans une seringue. Moi je le regarde et je comprends, parce que j’ai la même mécanique, seulement avec d’autres objets.
Nadia Tu as ta seringue à toi. Une bouteille. Une dépense. Un écran. Une nuit.
Romain Oui. Je fais des excès alimentaires, des excès de tout. Je bois trop, parfois en prenant des médicaments, et je sais que je joue avec une alchimie dangereuse. Mais sur le moment, Nadia, je ne veux pas savoir. Je veux l’instant. J’accepte un verre offert par quelqu’un dont je me méfie, simplement parce que refuser ferait de moi un homme prudent, et moi je veux être un homme aimé. Je consomme trop la veille d’un événement important, comme si j’avais besoin de saboter ce qui compte. Et je mange ce qui aggrave mes allergies, comme si j’avais envie de défier mon propre corps. Après, j’ai la gorge qui gratte, la peau qui s’échauffe, le ventre qui proteste. Et je me dis que j’ai payé pour un plaisir qui n’en valait pas le prix.
Nadia Tu te mets en danger avec l’air de jouer au vivant.
Romain Je dépense aussi. Je fais brûler l’argent. Je l’achète, moi, ce soulagement. Je prends une carte, je dépasse, je me dis que je verrai plus tard. Puis la limite arrive, le plafond, et c’est comme une porte qu’on claque sur mon visage. Je sèche les cours pour jouer, pour regarder des séries, pour rester dans un monde où rien ne m’exige. Je me dis que je reprendrai demain. Et demain devient un mois.
Nadia Et l’alcool quand tu dois conduire.
Romain Là, c’est l’orgueil pur. Je bois, et je sais que je vais rentrer. Je me dis que je tiens. Je me dis que je suis prudent. Et je mets ma vie et celle des autres dans une décision stupide. Ce n’est plus un manque de volonté, c’est un manque de respect. J’ai aussi ramené un animal alors que je n’avais pas les moyens, juste parce qu’il avait des yeux qui demandaient, et que j’ai confondu un caprice avec une bonté. Et je cède aux pulsions sexuelles, parfois, avec quelqu’un avec qui je ne devrais pas, parce que l’instant est chaud et que je veux oublier que mon cœur est froid.
Nadia Tu touches là aux frictions relationnelles. Quand tu te laisses aller, tu n’abîmes pas seulement ta santé. Tu abîmes les liens. Tu confonds le désir avec la vérité.
Romain Et il y a pire, Nadia, même si je ne l’ai pas vécu moi même. J’ai vu une femme enceinte fumer, boire, consommer des choses qui faisaient du mal à l’enfant, en disant demain j’arrête. Et demain ne vient pas. Là, le laisser aller n’est plus un plaisir. C’est une trahison grave. J’ai vu aussi des gens retourner aux machines à sous, encore, encore, malgré les finances serrées. Ils ont ce regard d’espoir malade, comme si le hasard allait devenir un père qui les rattrape.
Nadia Tu viens de me donner une galerie entière de tentations. Maintenant, raconte moi les conséquences, celles qui commencent petites, comme des poussières, et qui deviennent des murs.
Romain Elles commencent avec la gueule de bois. Être là, en entretien, en réunion, même à l’église, avec la tête lourde et l’âme encore plus lourde. On serre des mains et on a l’impression que la honte transpire. Trop dormir après une crise, être en retard au travail, et mentir en disant j’ai eu un problème de métro alors que le problème c’était moi. Les notes baissent, la performance baisse. Le corps change, la prise de poids, cette fatigue qui colle à la peau. Les interactions entre nourriture et médicaments, parfois, me rendent malade. Je me sens ballonné, nauséeux, comme si mon ventre me reprochait ma lâcheté. J’ai des réactions allergiques mineures, et des troubles digestifs, comme le côlon irritable, qui me rappellent chaque jour que mon corps n’est pas une poubelle.
Nadia Et l’argent.
Romain La carte bancaire qui refuse, c’est une humiliation moderne. Le plafond atteint, le compte qui grince. On a l’impression d’être un enfant qu’on rappelle à l’ordre. Et dans l’amour, les complications. Un partenaire veut du long terme, moi je donne du présent. Et ce décalage devient une tension, une déception, une dispute. On me reproche mon irresponsabilité. Je promet, puis je recommence.
Nadia Les petites conséquences sont déjà des avertissements. Et tu les traites comme des détails. Maintenant, ose regarder les désastres.
Romain Intoxication alcoolique. Overdose. Tomber enceinte. Recevoir une contravention, perdre un permis. Blesser quelqu’un en conduisant ivre. Manquer un événement important parce qu’on a trop dormi, comme aller chercher des beaux parents à l’aéroport, et transformer une simple journée en rancune durable. Réactions allergiques sévères, hospitalisation, intervention médicale. Accumuler des dettes impossibles à rembourser. Disputes avec la famille, avec un conjoint, parce que je me comporte comme un adolescent. Le partenaire découvre une infidélité, et la confiance s’effondre. L’alcool interfère avec des médicaments nécessaires, et d’un coup ce n’est plus une question de confort, c’est une question de survie.
Nadia Voilà. Là on est dans le réel. Et ce réel te renvoie des émotions que tu n’oses pas toujours nommer.
Romain Horrifié quand je comprends ce que j’ai risqué. Partagé, parce qu’une partie de moi veut l’excès et l’autre veut la paix. Gêné, parce que je sais que je suis ridicule. Euphorique pendant dix minutes, puis coupable pendant dix jours. Indifférent en façade, pour faire croire que je m’en fiche. Plein de regret, surtout le matin. Soulagé parfois, parce que l’excès m’a anesthésié, mais ce soulagement est un mensonge. Triste. Satisfait d’une satisfaction amère, comme si j’avais eu ce que je voulais et que ce que je voulais était pauvre. Je ressens de la haine de moi même, de la honte, du malaise, et parfois ce sentiment d’inutilité, comme si je n’étais pas capable d’être un homme.
Nadia Maintenant, le cœur du sujet. Les luttes internes. Celles qui font que tu répètes. Tu dois les mettre en pleine lumière.
Romain D’accord. Je continue à me laisser aller même quand je sais que c’est dangereux. Je sens la conséquence comme une ombre derrière moi, et je marche quand même. Je sais quoi faire pour arrêter, je connais les stratégies, je les ai même dites à d’autres, mais je suis incapable de lutter quand les pairs poussent, quand ils disent allez, quand ils rient, quand ils font de mon refus une humiliation. Je me sens coupable et honteux de m’abandonner, mais cette honte devient une raison de plus de m’abandonner, comme si je me punissais de ma faiblesse en recommençant.
Nadia Tu utilises la honte comme un fouet, et le fouet te fait courir vers la même chute.
Romain Oui. Et je regrette surtout quand mes actes ont des conséquences sur les autres. Quand quelqu’un doit ramasser les morceaux, quand un collègue couvre mon retard, quand un proche s’inquiète. Je sais que c’est un problème, mais parfois je me sens trop autodestructeur pour l’arrêter, comme si je croyais ne pas mériter mieux. Et il y a d’autres choses, Nadia. Je fais semblant de contrôler. Je balance entre une discipline rigide et un abandon total. Une semaine je deviens ascète, et le week end je deviens un naufragé.
Nadia Parce que tu confonds la discipline avec une punition. Ce n’est pas une maison pour toi, c’est une prison. Alors tu t’en échappes.
Romain J’ai peur du vide aussi. Si je n’ai plus mes excès, je dois sentir. Je dois écouter mon silence. Et dans ce silence il y a des douleurs anciennes, une peur d’être médiocre, une peur d’être oublié. Alors je rationalise. Je me dis je l’ai mérité, tout le monde le fait, c’est juste un, demain je reprends. Je me raconte des fables pour éviter la responsabilité. Et parfois je me punis sans le savoir. Je ne me crois pas digne de discipline, pas digne de soin.
Nadia Et tu redoutes le regard des autres plus que ta propre perte.
Romain Oui. Je préfère paraître libre que devenir libre. Et parfois je sais que je devrais demander de l’aide, mais je n’ai pas l’estime nécessaire. Je me dis que je devrais m’en sortir seul. Et je m’enfonce seul.
Nadia Et pendant ce temps, qui paie.
Romain Les gens qui se font plaisir avec moi d’abord, parce que je les entraîne. Ensuite la famille, les proches, ceux qui ramassent. Les partenaires qui encaissent l’instabilité. Les collègues, les clients, ceux qui ont besoin que je sois fiable. Toute personne affectée parce que je ne fonctionne pas pleinement après m’être laissé aller, surtout quand une addiction se mêle à tout.
Nadia Maintenant, dis moi les traits en toi qui aggravent la situation. Pas ceux que tu aimerais avoir. Ceux qui te font tomber.
Romain Je suis addictif. Une habitude devient vite une nécessité. Je suis impulsif. Je confonds envie et destin. Je suis enfantin parfois, je veux tout, tout de suite. Hypocrite aussi, parce que je prêche la modération et je m’écroule en secret. Irresponsable, je laisse demain payer. Nerveux, je veux calmer l’agitation par des solutions rapides. Perfectionniste, ce qui est étrange, mais vrai, parce que dès que je ne suis pas parfait je me dis autant tout casser. Rebelle sans ancrage, je dis non aux règles qui m’auraient protégé. Autodestructeur. Égocentré, même quand je crois être généreux, parce que je mets mon soulagement avant la paix des autres. Gâté, comme si le monde me devait du confort. Et faillible, simplement humain, mais j’en fais une excuse.
Nadia Et ces chutes touchent tes besoins fondamentaux. Tu ne te contentes pas d’avoir mal à la tête. Tu sabotes ton architecture intérieure.
Romain La réalisation de soi, oui. Je me laisse aller au mauvais moment et je ruine un objectif significatif. Un travail, une chance, un projet. L’estime et la reconnaissance. Je me comporte de manière embarrassante, irresponsable, et la façon dont on me perçoit change. Et même si personne ne voit, moi je me vois. Je me dégrade parce que je savais que c’était mauvais et je n’ai pas su m’arrêter, surtout quand ce n’est pas isolé. L’amour et l’appartenance. Si mon indulgence est une compulsion, une addiction, elle inquiète, et la honte me pousse à m’éloigner des gens dont j’ai besoin. La sécurité et la sûreté. Ma santé est menacée, mon jugement aussi. Je fais de mauvaises décisions, je ne repère plus les dangers. Et les besoins physiologiques, le plus brutal. Substances dangereuses, aliments allergènes, activités risquées. Ça peut aller jusqu’à la mort.
Nadia Et les blessures possibles, celles qui marquent une vie.
Romain Un accident mettant ma vie en danger. Être rejeté, renié. Être licencié. Échouer à l’école. Être largué. Vivre un avortement, ou ses conséquences. Vivre avec un diagnostic médical critique. Tout ce qui fait qu’un instant devient une cicatrice.
Nadia Maintenant, écoute. Tu n’es pas seulement cette chute. Tu as des qualités qui peuvent te sauver si tu les rends vivantes. Lesquelles.
Romain Je pourrais être reconnaissant, pas seulement poli, mais conscient de ce que j’ai. Discipliné, mais sans violence. Honnête, vraiment, avec moi même. Humble, reconnaître que je ne suis pas au dessus des pièges. Mature, accepter l’inconfort sans fuir. Responsable. Sensé. Observateur, repérer les déclencheurs. Proactif, préparer des alternatives. Optimiste, croire au changement. Protecteur, penser aux autres. Socialement accueillant, demander de l’aide. Spirituel peut être, trouver un sens plus grand que mon impulsion. Sage, enfin, apprendre à différer.
Nadia Et si tu transformes ces qualités en actes, quels résultats positifs deviennent possibles. Je ne veux pas des slogans. Je veux des réalités.
Romain Apprendre à dire non à la tentation sans me renier. Par exemple, refuser un verre sans me justifier, sans me faire petit, sans attaquer l’autre. Apprendre la modération, comme on apprend une musique. Prendre une part de gâteau et m’arrêter, non par haine, mais par respect. Décider d’aller au fond du problème plutôt que de l’éviter par des distractions nuisibles. Si je bois parce que je suis anxieux, je regarde l’anxiété. Je lui donne des mots. Je parle. Je demande de l’aide.
Nadia Continue.
Romain Reconnaître les situations où la tempérance est nécessaire. Avant un examen, avant une réunion, quand je dois conduire, quand je prends des médicaments, quand mes finances sont serrées. Reconnaître une addiction et chercher un soutien adapté, sans honte, sans orgueil. Développer une conscience fine des déclencheurs, fatigue, solitude, humiliation, peur, et agir avant le glissement. Remplacer l’évitement par l’affrontement intérieur. Sentir l’envie venir, la regarder, comprendre ce qu’elle demande vraiment.
Nadia Et la confiance.
Romain Restaurer la confiance par des actes cohérents. Tenir une promesse simple. Arriver à l’heure. Ne plus obliger les autres à réparer. Redéfinir le plaisir comme un choix conscient, pas comme une fuite. Et transformer la tentation en signal d’alerte. Quand j’ai envie de dépenser, me demander ce que j’essaie d’acheter. Quand j’ai envie de boire, me demander ce que j’essaie d’oublier. Ouvrir un dialogue réparateur, exprimer une vieille douleur, la libérer, et permettre une guérison émotionnelle. Et parfois, oui, un nouveau départ dans une relation, parce qu’on cesse de mentir.
Nadia Tu vois. Ton conflit n’est pas une simple gourmandise ou un simple vice. C’est une lutte de territoires en toi. Et la résolution, ce n’est pas de t’arracher le plaisir. C’est de le remettre à sa place, pour que ta dignité, ta sécurité, ton amour, ta réalisation puissent respirer.
Romain Alors ce n’est pas se priver.
Nadia Non. C’est se choisir.
Romain Il y a un instant, Nadia, où je sens le basculement. Quand la musique est forte, quand les gens rient, quand on me tend le verre, je sens mon corps dire oui avant ma tête. Et je me dis que je suis perdu.
Nadia Tu n’es pas perdu. Tu es à l’endroit exact où tu peux devenir gardien. Dans cet instant, tu peux apprendre à dire non avec douceur. Tu peux laisser passer la fable. Tu peux rester dans la vague. Tu peux appartenir autrement. Et tu peux prouver à ton propre cœur que tu n’as pas besoin de te détruire pour exister.
Romain Et si je tombe.
Nadia Alors tu recommences. Mais pas dans la honte. Dans la vérité. Tu reprends la clé. Et tu tiens la maison.
application de l’amana et de la sulhie
Voici une proposition de résolution incarnée du conflit « se laisser aller quand on ne devrait pas », inspirée du dialogue précédent, en prenant une lutte interne précise :
Savoir quoi faire pour arrêter mais être incapable de lutter contre la pression des pairs.
Contexte incarné : Romain doit conduire tôt le lendemain. Soirée. Les amis insistent. Son corps dit oui avant sa tête. Le conflit se joue autour de l’alcool, la veille d’un engagement important, dans un cercle social où dire non semble trahir l’appartenance.
RÉSOLUTION PAR L’AMANA
(le travail intérieur de reconnaissance, de garde et de fidélité aux dépôts sacrés)
Amana : premier levier : reconnaître les dépôts sacrés en conflit
Reconnaître les dépôts sacrés agités par la pression extérieure
La pression des autres n’invente rien. Elle réveille en Romain des dépôts confiés, chacun lié à un élan vital et à un besoin supérieur. Il cesse de se traiter comme un faible et commence à se lire comme un gardien de dépôts.
Dépôt du lien et de l’appartenance
Élan vital : appartenir, être reconnu, ne pas être exclu
Besoin supérieur : amour, place, regard juste
Exemple : quand Sonia lui tend un verre, ce dépôt dit si tu refuses tu sors du cercle, tu redeviens invisible, tu n’es plus des leurs.
Dépôt de soulagement et d’apaisement
Élan vital : calmer l’angoisse, faire taire le bruit intérieur, dissoudre la tension
Besoin supérieur : repos psychique, consolation, douceur
Exemple : la musique, la foule, les regards le mettent en alerte. Ce dépôt murmure un verre et tu redeviens fluide, tu n’auras plus peur.
Dépôt de sécurité et de continuité
Élan vital : préserver la vie, tenir ses engagements, protéger le futur
Besoin supérieur : stabilité, fiabilité, sécurité corporelle
Exemple : le souvenir de l’oncle, l’utilitaire, la route du matin. Ce dépôt dit si tu bois, tu mets ta vie et celle des autres dans un tirage au sort.
Dépôt de dignité et de cohérence
Élan vital : se respecter, être entier, ne pas se trahir
Besoin supérieur : estime de soi, identité, alignement
Exemple : ce dépôt dit tu sais ce qui est juste. Si tu cèdes, tu te perds. Si tu tiens, tu te retrouves.
Résultat du premier levier
Romain comprend que son conflit n’est pas “alcool contre volonté”. C’est un conflit de fidélités.
Et la pression sociale n’est qu’un doigt sur une plaie ancienne : le besoin d’appartenir sans se dissoudre.
Amana : deuxième levier : le gardien redessine les territoires
Le gardien redessine les territoires, pose des limites internes légitimes
Romain assume son rôle de gardien. Il ne juge pas ses dépôts. Il leur parle comme à des êtres vivants qui réclament leur place. Il se sent digne de décider parce que ces dépôts ne lui appartiennent pas comme des jouets : ils lui sont confiés comme des responsabilités.
Ce que ressentent les dépôts avant la redéfinition
Le lien dit je suis obligé de passer par l’alcool pour exister ici
Le soulagement dit je n’ai qu’une seule porte de sortie
La sécurité dit je suis toujours sacrifiée
La dignité dit je n’ai jamais de poids quand la foule parle
Le gardien réorganise
Il ne coupe pas le lien. Il coupe le chantage.
Il ne nie pas le soulagement. Il change l’outil.
Il n’écrase pas la fête. Il lui rend une place.
Exemples de limites internes décidées
Je peux appartenir sans boire
Je peux me soulager sans m’anesthésier
Je peux danser sans me détruire
Je peux être aimé sans me trahir
Limites externes que le personnage portera dans son quotidien
Quand je conduis demain, je ne bois pas d’alcool ce soir
Je commande directement une eau gazeuse sans préambule
Je refuse sans me justifier, une phrase unique, répétable
Je pars à une heure fixée avant la soirée
Si l’insistance devient agressive, je m’éloigne du cercle quelques minutes ou je rentre
Je confie mes clés à quelqu’un de sobre si je sens la tentation monter
Je préviens à l’avance : je viens, mais je ne bois pas
Ici, la limite n’est pas une punition.
C’est une frontière sacrée qui permet à chaque dépôt de respirer.
Amana : troisième levier : les thèmes symboliques qui guident l’action
Thèmes symboliques qui guident les comportements
Le gardien sait que dans le tumulte, la mémoire se brouille. Il installe donc des symboles simples, des phrases courtes qui deviennent des balises.
Symboles possibles
La clé : je garde la clé, je garde la direction du retour
La maison : chaque besoin a sa pièce, la fête n’a pas le droit d’envahir la chambre
Le seuil : je sais dire non au seuil, pas quand je suis déjà dedans
La route du matin : je vois l’aube avant de voir le verre
Exemples concrets d’usage
Quand Sonia tend le verre, Romain touche ses clés dans sa poche et pense je garde la clé
Quand Julien insiste, il imagine le seuil et se dit je n’entre pas dans cette négociation
Quand l’anxiété monte, il se rappelle la maison et se dit le soulagement a une autre pièce
Ces thèmes ne sont pas des slogans.
Ils sont des gestes intérieurs qui orientent la conduite.
Amana : quatrième levier : retrouver son identité par la fidélité
Retrouver l’identité par la fidélité aux dépôts
En tenant ses limites, Romain ne “résiste” pas. Il se reconnaît.
Son identité se reforme autour de ses engagements
Je suis quelqu’un qui tient parole
Je suis quelqu’un qui protège la vie
Je suis quelqu’un qui appartient sans se vendre
Je suis quelqu’un qui se respecte même dans la fête
La fidélité aux dépôts lui rend un nom intérieur.
Il cesse d’être le fêtard obligé de brûler pour exister.
Il devient le gardien qui éclaire sans se consumer.
Résolution par la SULHIE
Sulhie : premier levier : fables et lucidité
Fables de l’évitement, lucidité faits versus fables
Quand l’instant arrive, les pensées tentent de saboter la limite. Elles déguisent la peur en logique.
Exemples de fables
Si je refuse, ils vont me rejeter
Je suis nul, je ne tiendrai jamais
Je l’ai déjà fait mille fois, ça ne change rien
Ils vont se moquer, je vais être petit
Je ne suis pas quelqu’un qui sait dire non
Un seul verre, ce n’est pas vraiment céder
Faits contre fables
J’ai déjà été accepté sans boire dans d’autres contextes
Un verre change tout quand il enclenche la spirale
Le respect ne vient pas de l’excès, mais de la cohérence
Se moquer n’est pas rejeter, c’est parfois tester
Je ne suis pas mes habitudes, je suis celui qui choisit maintenant
Lucidité au moment même
Romain entend la narration intérieure comme un poste de radio.
Il n’éteint pas la radio. Il cesse de lui obéir.
Il se dit
Ce sont des pensées, pas des ordres
Ce qui compte maintenant c’est la clé, la route, la parole donnée
Je laisse passer
Et il laisse passer.
Comme on laisse passer une voiture bruyante dans la rue.
Sulhie : deuxième levier : maturité émotionnelle
Maturité émotionnelle : rester dans l’inconfort jusqu’à ce qu’il baisse
Dire non déclenche un tumulte émotionnel : honte, peur, sensation d’être nu.
Exemple 1 le premier non
Quand il dit eau gazeuse, il sent une chaleur dans la poitrine
Il veut se justifier, rire, se défendre
Il ne fait rien
Il respire, il garde la posture simple
L’inconfort monte, puis commence à retomber
Exemple 2 l’insistance
Julien insiste, juste un
Romain sent la peur du jugement
Il reste dans la peur sans se précipiter vers l’alcool
Il répète non
Le corps tremble, puis se stabilise
Exemple 3 l’exposition successive
Semaine suivante, même scénario
La vague est moins haute
La troisième fois, elle est encore plus basse
Progressivement, la douceur remplace la crispation
La maturité se construit comme une peau plus épaisse, mais souple
Il apprend une vérité neuve
Je peux être mal à l’aise et rester digne
Je peux être jugé et rester entier
Je peux trembler et tenir
Sulhie : troisième levier : réconciliation des parties
Application des limites aux parties en conflit : réconciliation intérieure
Dans la soirée, Romain recontacte ses dépôts et leur donne la place promise.
Au dépôt du lien
Je t’honore : je parle, je danse, je ris, je reste
Mais je ne te nourris plus avec ma destruction
Au dépôt de soulagement
Je t’honore : je bouge, je transpire, je respire, je sors prendre l’air
Je te donne une boisson non alcoolisée, une pause, un appel si besoin
Au dépôt de sécurité
Je t’honore : je garde la clé, je pars à l’heure, je protège demain
Au dépôt de dignité
Je t’honore : je dis non sans me justifier
Je ne me mens pas pour être aimé
Romain se rassemble.
Les parties cessent de se voler le territoire.
Elles cohabitent, chacune entendue, chacune restaurée.
Sulhie : quatrième levier : l’agir doux et conscient
Agir conscient par relâchement, ouverture, douceur
Le geste devient simple.
Il sourit
Il refuse
Il commande une eau
Il danse
Il salue
Il part
Sans crispation héroïque.
Sans guerre intérieure.
La force vient de la source : besoins vitaux rétablis
Appartenance par la présence
Soulagement par le corps et la respiration
Sécurité par la limite claire
Dignité par la cohérence
L’action ne fatigue pas comme la lutte.
Parce qu’elle n’est pas contre soi.
Elle est pour la vie en soi.
Sulhie : cinquième levier : constat et résolution
Constat : le monde ne s’écroule pas, le conflit se résout
Le lendemain matin, Romain constate.
Le monde ne s’est pas effondré
Ses amis ne l’ont pas exclu, ils l’ont chambré puis ils ont continué
Il est vivant, lucide, présent
Il tient son engagement, il conduit, il est fiable
Les dépôts sacrés sont honorés
Lien : il a été avec eux
Soulagement : il n’a pas fui, il a traversé
Sécurité : il a protégé demain
Dignité : il ne s’est pas trahi
Il a dépassé la fusion cognitive
Il a vu ses pensées comme des fables
Il a traversé l’inconfort
Il a posé des limites externes stables
Il a réconcilié les parties en lui
Il a agi avec relâchement et douceur
Et la preuve la plus puissante s’inscrit dans son corps
Cela marche
Le conflit se résout ainsi
non par privation
mais par garde sacrée et paix vécue.
la nuit sans se perdre, une nouvelle littéraire sur le fait de se laisser aller quand on ne devrait pas
La pluie avait lavé le Vieux Port sans réussir à effacer l’odeur de pastis qui montait des terrasses…

