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une dysfonction sexuelle
Le conflit interne lié à une dysfonction sexuelle naît rarement du corps seul. Il surgit d’abord comme une surprise, une rupture silencieuse entre le désir et la réponse attendue.
Très vite, la difficulté physique se transforme en épreuve identitaire. Le personnage commence à douter de sa valeur, confondant fonctionnement sexuel et dignité personnelle.
La honte s’installe, discrète mais persistante, nourrie par les normes sociales et les attentes implicites. Dire devient difficile, car parler expose au risque du rejet. Le silence semble alors plus sûr que la vérité. Pourtant, ce silence creuse la distance dans la relation.
Le personnage oscille entre désir intact et peur anticipée de l’échec. Chaque tentative avortée renforce l’angoisse et la vigilance excessive.
Le corps, sous pression, se fige davantage. La culpabilité apparaît, liée à l’impression de ne pas répondre aux besoins de l’autre.
L’amour n’est pas remis en cause, mais il devient douloureux à porter. La personne se sent défectueuse, parfois inutile, parfois remplaçable.
Des stratégies d’évitement se mettent en place pour préserver l’image et la relation. Mais ces stratégies alimentent le malentendu intérieur.
Le conflit oppose alors plusieurs parts de soi : celle qui veut aimer, celle qui a peur, celle qui se juge. La lutte n’est plus sexuelle, elle est existentielle. Le personnage cherche à contrôler ce qui demanderait à être accueilli.
La tension s’accumule, générant frustration, tristesse ou colère rentrée. La relation devient le miroir de ce combat intérieur.
La dysfonction révèle alors un besoin plus profond : être reconnu sans condition.
La résolution ne peut venir que d’un déplacement du regard sur soi. Lorsque la personne cesse de se réduire à sa performance, le conflit commence à se dénouer.
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une dysfonction sexuelle
Ils étaient assis face à face, dans ce salon trop étroit où les livres semblaient écouter…
Ils étaient assis face à face, dans ce salon trop étroit où les livres semblaient écouter. La lampe faisait une lumière indulgente. Il parla le premier, comme on entrouvre une porte qu’on a longtemps maintenue close.
« Tu sais, dit-il, ce n’est pas le corps qui m’a trahi d’un coup. C’est plus sournois. Un matin, ou plutôt un soir, j’ai compris que je n’y arrivais plus. Pas seulement à faire l’amour. À y être. »
Elle le regarda sans hâte, avec cette patience qu’on réserve aux confessions qu’on sent longues.
« Au début, poursuivit-il, je me suis raconté des histoires. La fatigue, l’âge, une mauvaise semaine. Puis il y a eu le médecin, les mots techniques, les prescriptions, et avec elles d’autres entraves. Des médicaments nécessaires, mais qui éteignent ce qu’ils prétendent protéger. Et parfois ce n’était même pas médical. C’était la peur. Le souvenir. Une sensation de danger là où il n’y aurait dû avoir que de l’abandon. »
Il eut un sourire bref.
« Et quand ce n’était ni la peur ni la chimie, c’était la douleur. Le corps qui garde la trace d’une opération, d’un accouchement, d’une maladie. Comment expliquer à l’autre que le simple contact peut faire mal sans qu’il se sente rejeté. »
Elle hocha la tête.
« Alors j’ai évité, dit-il. J’ai appris l’art médiocre de l’excuse. Trop tard, trop tôt, trop fatigué. J’ai menti avec application. Et quand il fallait bien, j’ai simulé. L’enthousiasme, le plaisir, cette joie attendue. On joue bien son rôle quand on a peur de perdre l’amour. »
Il soupira.
« J’ai essayé tout ce qu’on essaie quand on ne veut pas regarder le cœur du problème. Les aliments miracles, les conseils douteux, les thérapies parallèles. Et puis cette honte, tenace, d’entrer dans un cabinet médical pour parler de ce qui devrait rester secret. Même à deux, en thérapie, je me sentais nu d’une manière indécente. »
Elle sourit tristement.
« Le pire, reprit-il, c’est la bonne volonté maladroite. Un partenaire qui croit aider en proposant des jeux, des artifices, comme si le désir était une mécanique qu’on relance avec des couleurs vives. Pendant ce temps, l’intimité s’amenuise. On se touche moins. On se parle mal. On se dispute pour la vaisselle ou le silence, alors que tout vient de là. Et quand des amis parlent librement de sexe, je me ratatine, comme si chacun de leurs mots soulignait mon défaut. »
Il se pencha en avant.
« J’ai vu où cela pouvait mener. Certains vont chercher ailleurs ce qu’ils n’ont plus à la maison. D’autres laissent mourir un mariage faute de corps et de mots. Il y a ceux qui rêvaient d’un enfant et qui ne trouvent jamais le moment ni la paix nécessaires. Et puis il y a les imprudents, ceux qui bravent l’interdit médical, qui se blessent davantage, parfois jusqu’à l’accident grave. »
Sa voix baissa.
« Moi, je me suis surtout rongé de culpabilité. Comme si je n’avais pas fait assez. Comme si un traumatisme ancien devait être affronté à mains nues, au risque de la panique, du cœur qui s’emballe, du corps qui fuit. La colère s’est installée. La frustration aussi. Jusqu’à ce moment où j’ai pensé partir, non par manque d’amour, mais par honte, pour libérer l’autre de moi. »
Elle posa doucement la main sur la sienne.
« Ce que tu ressens, dit-elle, je l’entends. La colère, l’angoisse, l’appréhension avant chaque moment d’intimité. L’amertume quand le désir est là mais pas le corps. La confusion, la dépression parfois. Le sentiment d’être inutile, inadéquat. La peur d’être découvert. La gêne. L’humiliation silencieuse. »
Il acquiesça.
« À l’intérieur, continua-t-il, c’est une guerre. Je veux être honnête, mais je crains le rejet. Je sais que ce n’est pas ma faute, et pourtant je me sens défectueux. Indigne d’être aimé. Pendant les rares moments d’intimité, mon esprit s’agite, surveille, anticipe l’échec. J’évite les relations parce que je sais que le sexe surgira tôt ou tard comme une épreuve. Et cette frustration constante finit par me rendre dur, avec moi-même surtout. »
Elle le regarda longuement.
« Tu sais, dit-elle enfin, il y a aussi ce que cela fait à l’estime. Le sexe est si universel qu’on confond facilement l’impossibilité avec l’échec. On se sent moins homme, moins femme, moins vivant. Et l’amour, sans compréhension profonde, s’étiole. On se sent seul à deux. Même le corps, dans ses besoins les plus simples ou les plus symboliques, semble nous trahir. »
Il se redressa légèrement.
« J’ai peur de ce que ça peut engendrer, ajouta-t-il. Les relations qui deviennent toxiques. Les moqueries, parfois cruelles. Le rejet. La violence qui naît de la frustration. L’infidélité, l’infertilité, toutes ces blessures qui s’empilent. Et je sais que certains de mes traits n’aident pas. Mon évitement, mon anxiété, mon perfectionnisme. Cette manière de me replier, de ruminer, de devenir cynique ou rancunier. »
Elle sourit, plus ferme.
« Mais tu oublies ce que tu as aussi, dit-elle. Ta tendresse. Ton honnêteté quand tu oses. Ta patience, même vacillante. Ton intelligence pour comprendre ce qui t’arrive. Ta capacité à demander de l’aide. »
Il la regarda, surpris.
« Il y a des issues, reprit-elle. Des couples qui redéfinissent la sexualité, qui inventent d’autres chemins vers le plaisir et la proximité. Des paroles franches qui rapprochent plus que mille performances. Des consultations qui révèlent autre chose, un problème de santé qu’on soigne à temps. Des thérapies où l’on creuse le passé et où l’on guérit ce qui saignait encore. »
Elle continua, doucement.
« Certains découvrent une intimité émotionnelle plus vaste que la seule rencontre des corps. D’autres trouvent enfin un traitement adapté. Beaucoup apprennent surtout à se réconcilier avec eux-mêmes, à faire la paix avec leur corps, à laisser tomber la honte. Et parfois, de cette épreuve naît une maturité, une profondeur du lien, une reconnaissance mutuelle qu’ils n’auraient jamais connues autrement. »
Il resta silencieux un moment, puis dit simplement
« Alors peut-être que ce n’est pas la fin. Peut-être que c’est un passage. »
Elle acquiesça.
« Oui, dit-elle. Un passage difficile. Mais vivant. »
application de l’Amana et de la sulhie
It all started in our parents garage…
Voici une proposition de résolution incarnée du conflit « une dysfonction sexuelle », inspirée du dialogue précédent.
Voici la lutte interne précise qui servira d’exemple :
Le personnage souhaite être honnête avec son partenaire au sujet de son problème, mais est trop gêné ou craintif d’être rejeté pour le faire.
La résolution ne passe ni par la performance ni par la réparation immédiate du corps, mais par un chemin intérieur en deux temps : Amana puis Sulhie.
I. L’AMANA : RÉTABLIR LE DÉPÔT SACRÉ
Premier levier de l’Amana
Reconnaître les dépôts sacrés en jeu
Le personnage comprend peu à peu que ce qui se joue en lui n’est pas seulement un trouble sexuel, mais la mise en tension de plusieurs dépôts sacrés, confiés à sa garde.
Il identifie d’abord le dépôt du lien : le besoin fondamental d’amour et d’appartenance. La peur du rejet n’est pas une faiblesse, mais l’expression d’un élan vital qui cherche la sécurité relationnelle.
Il reconnaît ensuite le dépôt de la dignité : le besoin d’estime, de reconnaissance, d’être vu comme entier. Son silence n’est pas une lâcheté, mais la tentative maladroite de protéger ce dépôt menacé par la honte.
Il découvre aussi le dépôt de la vérité vivante : le besoin d’authenticité, de cohérence intérieure. Le mensonge, les faux-fuyants, ne sont que des signaux montrant que ce dépôt réclame d’être honoré.
Enfin, il perçoit le dépôt du corps confié : le besoin physiologique et symbolique d’habiter son corps sans le réduire à une fonction. La dysfonction n’est pas l’ennemie, elle est un message du dépôt.
Il comprend alors que la pression extérieure : l’attente du partenaire, les normes sociales, les souvenirs passés :ne fait qu’agiter ces dépôts, révélant ce qui cherche à vivre.
Deuxième levier de l’Amana
Le gardien se lève et redessine les territoires
Le personnage cesse de vouloir faire taire certaines parties de lui. Il endosse consciemment son rôle de gardien des dépôts.
Il écoute la part qui veut aimer et être aimé, celle qui a peur, celle qui désire encore, celle qui se sent brisée. Puis, dans cette écoute, il pose des choix.
Il décide que le dépôt de la dignité ne sera plus sacrifié pour préserver une illusion de normalité.
Il décide que le dépôt de la vérité aura désormais un territoire clair, même s’il est inconfortable.
Il décide que le dépôt du lien ne sera plus nourri par la dissimulation mais par la clarté.
Concrètement, il trace des limites intérieures :
Il n’exigera plus de lui-même une performance sexuelle comme condition de sa valeur.
Il ne forcera plus son corps pour rassurer l’autre.
Il n’acceptera plus de se taire quand le silence l’éloigne de lui-même.
Ces limites deviennent des lignes de conduite qu’il portera à l’extérieur :
dire quand il n’est pas disponible sexuellement sans se justifier,
refuser l’intimité par peur sans expliquer ce qui se joue,
demander du temps sans promettre un résultat.
Troisième levier de l’Amana
Les thèmes symboliques qui guident l’action
Pour soutenir son gardien intérieur, le personnage s’appuie sur des images fondatrices.
Il se pense comme un jardinier, non comme une machine : certaines saisons sont fertiles, d’autres demandent soin et patience.
Il se voit comme un pont, non comme un mur : la parole devient passage entre lui et l’autre, même tremblante.
Il adopte le symbole de la demeure habitée : mieux vaut une maison simple mais vivante qu’un palais vide.
Ces thèmes guident ses comportements quotidiens : parler lentement, choisir la vérité plutôt que l’urgence, préférer la présence à la performance.
Quatrième levier de l’Amana
Retrouver son identité par la fidélité aux dépôts
En honorant ces dépôts, le personnage cesse de se définir par ce qui ne fonctionne pas.
Il se reconnaît comme gardien fidèle de ce qui lui a été confié.
Son identité se reforme autour de ses engagements :
être honnête même quand c’est risqué,
respecter son corps même quand il déçoit,
aimer sans se nier.
Il ne cherche plus à redevenir celui qu’il était, mais à être celui qu’il est désormais, fidèle à ses dépôts vivants.
II. LA SULHIE : FAIRE VIVRE LA PAIX DANS LE QUOTIDIEN
Premier levier de la Sulhie
Distinguer les fables des faits
Au moment d’agir, les anciennes narrations surgissent.
Il se dit qu’en parlant il va perdre l’autre.
Il se rappelle une rupture passée, un rire mal placé, une humiliation ancienne.
Il se dévalorise : « Je ne suis pas assez. Je vais décevoir. Je ferais mieux de me taire. »
Puis il devient lucide.
Les faits sont simples :
il ressent une peur réelle,
il a un besoin légitime,
il est vivant ici et maintenant.
Il reconnaît que ces pensées sont des pensées, non des verdicts.
Il les laisse passer, sans les combattre, en revenant à ce qui compte : honorer ses dépôts.
Deuxième levier de la Sulhie
Acquérir la maturité émotionnelle
Lorsqu’il exprime sa limite, l’inconfort est là.
Le cœur bat vite, la voix tremble, le corps voudrait fuir.
Il reste.
La première fois est rude.
La seconde un peu moins.
À force d’expositions successives, quelque chose se relâche.
Il découvre qu’il peut traverser la peur sans se trahir.
La crispation laisse place à une douceur ferme.
La maturité émotionnelle s’installe : il ne cherche plus à supprimer l’émotion, mais à la contenir.
Troisième levier de la Sulhie
Réconcilier les parties en conflit
À l’intérieur, le personnage rassemble ce qui était dispersé.
La part qui veut aimer est rassurée : le lien est honoré.
La part qui a peur est reconnue : elle n’est plus méprisée.
La part qui désire est écoutée : elle aura un espace autrement.
La part blessée retrouve sa place : elle n’est plus le centre, mais elle compte.
Chaque partie reçoit sa nouvelle délimitation, son territoire d’expression.
Le conflit cesse d’être une guerre et devient une coopération.
Quatrième levier de la Sulhie
L’agir conscient et doux
Le personnage agit sans tension excessive.
Il parle à son partenaire avec simplicité.
Il écoute sans se défendre.
Il pose ses limites sans dureté.
Ses gestes sont ouverts, non forcés.
Son action ne l’épuise pas, car elle vient de la source retrouvée de ses élans vitaux.
Il s’habite avec tendresse.
Cinquième levier de la Sulhie
Le constat vivant de la résolution
Le monde ne s’est pas effondré.
Les dépôts sacrés sont honorés.
Les limites posées intérieurement ont trouvé leur place à l’extérieur.
Le personnage est resté fidèle à lui-même.
Il a dépassé la fusion avec ses pensées.
Il a traversé l’inconfort sans se fuir.
Il a montré à chaque partie qu’elle comptait.
Il agit désormais avec relâchement, ouverture et douceur.
Et dans cette cohérence vivante, le conflit se résout :
non par disparition de la difficulté,
mais par réconciliation profonde avec ce qui en lui demandait à vivre.
La fidélité du corps silencieux, une nouvelle littéraire sur les conflits internes dus à une dysfonction sexuelle
Londres, 2034. La ville avait changé sans vraiment changer. Les bus glissaient plus silencieusement sur l’asphalte…

