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être victime de violences conjugales

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Tu as cette manière de tenir ta tasse comme si elle pouvait te brûler, même froide , dit l’ami, doucement, comme on entrouvre une porte qu’on n’a pas le droit de claquer…

application de l’Amana et de la sulhie

Voici une résolution incarnée, à la fois intérieure et concrète, fidèle à l’esprit du dialogue précédent, en suivant pas à pas le chemin de l’Amana puis de la Sulhie.


Situation de départ : l’incidence de la blessure

Le personnage a quitté la maison depuis plusieurs mois. En apparence, la violence est terminée. Pourtant, la blessure continue d’agir. Elle se manifeste chaque fois qu’il doit dire non. Chaque fois qu’une voix s’élève, même sans menace. Chaque fois qu’un désaccord apparaît. Son corps se contracte avant même que sa pensée n’intervienne. Il s’excuse trop vite. Il cède. Il s’efface. L’incidence de la blessure est là : il confond encore relation et danger, limite et abandon, affirmation et représailles.

C’est à cet endroit précis que commence l’Amana.

Amana, premier levier: reconnaître les dépôts sacrés

Au premier levier de l’Amana, le personnage cesse de se définir par ce qu’il a subi. Il comprend qu’avant même les circonstances, quelque chose lui a été confié. Non pas par l’agresseur, ni par l’histoire, mais par la vie elle-même. Un dépôt sacré. Ce dépôt, il le reconnaît peu à peu comme un ensemble d’élans vitaux profonds. Le besoin de sécurité, d’abord, non comme absence de conflit, mais comme droit fondamental à l’intégrité. Le besoin de dignité ensuite, celui de ne pas être réduit, ni nié, ni rabaissé. Le besoin de lien vrai, qui n’est pas fusion mais rencontre libre. Et enfin le besoin de sens et de cohérence, cette capacité à se reconnaître dans ses actes.

Il réalise que ces élans existaient avant la violence. Qu’ils n’ont jamais disparu. Qu’ils ont été contraints, écrasés, mais non détruits. Même lorsqu’il se taisait pour survivre, c’était encore le besoin de sécurité qui agissait. Même lorsqu’il restait, c’était le besoin de lien qui cherchait à vivre. Cette reconnaissance transforme tout. Il n’est plus quelqu’un de faible qui a mal choisi. Il est le récipiendaire de forces vitales qui ont tenté de survivre dans un environnement hostile. Le dépôt sacré surpasse les circonstances. Ce qui a été confié n’a pas été perdu.

Amana, deuxième levier: le gardien et les dépôts en conflit

Vient alors le deuxième levier de l’Amana. Le personnage observe que ces dépôts sacrés, dans sa représentation intérieure, se sont longtemps fait la guerre. Le besoin de sécurité exigeait le silence. Le besoin de lien refusait la séparation. Le besoin de dignité voulait parler mais était immédiatement écrasé par la peur. À l’intérieur, c’était un territoire sans frontières, où chaque partie criait pour exister.

C’est ici que naît le gardien. Non plus l’enfant qui subit, mais l’adulte responsable du vivant en lui. Le gardien comprend qu’il est légitime pour poser des choix. Il n’élimine aucune partie. Il les écoute toutes. À la peur, il dit : tu n’es pas un problème, tu es un signal. À l’élan relationnel, il dit : tu as le droit d’aimer, mais pas de te perdre. À la dignité blessée, il dit : je te donnerai une voix, mais je te protégerai.

Il redessine alors les territoires. À l’intérieur, il pose des limites claires. La peur n’a plus le droit de décider seule. Elle peut alerter, pas gouverner. Le besoin de lien n’a plus le droit de justifier l’effacement de soi. Il peut inviter, pas contraindre. La dignité obtient un espace non négociable : celui du respect.

Ces limites intérieures deviennent des lignes que le personnage commence à porter à l’extérieur. Par exemple, lorsqu’un collègue lui parle sèchement, il ne sourit plus pour apaiser. Il dit calmement : je te répondrai quand le ton sera respectueux. Lorsqu’un proche insiste pour qu’il fasse quelque chose qu’il ne veut pas, il ne se justifie plus longuement. Il dit : je ne suis pas disponible pour cela. Ces phrases simples sont des frontières vivantes. Elles sont le prolongement du travail du gardien.

Amana, troisième levier: thèmes symboliques comme guides

Au troisième levier de l’Amana, le personnage donne une forme symbolique à ce travail intérieur. Il se guide par des images. Il se voit comme un jardinier qui clôture sans enfermer. Comme un veilleur qui allume une lampe sans brûler la maison. Comme un port où les bateaux peuvent accoster, mais pas ancrer de force. Ces thèmes deviennent des repères concrets. Ils orientent ses comportements quotidiens. Il choisit des gestes qui nourrissent la stabilité plutôt que la réaction. Il parle plus lentement. Il respire avant de répondre. Il choisit ses relations comme on choisit un sol où poser le pied.

Amana, quatrième levier: identité retrouvée

Vient alors le quatrième levier de l’Amana. À force de poser ces actes, le personnage retrouve son identité. Non pas une identité abstraite, mais une identité incarnée par ses engagements. Il se reconnaît dans sa fidélité à ses dépôts sacrés. Il sait désormais ce qu’il protège. Il sait ce à quoi il dit oui. Il sait surtout ce à quoi il dit non sans se trahir. Son identité n’est plus définie par la violence subie, mais par la cohérence entre ce qu’il ressent, ce qu’il choisit et ce qu’il fait.

C’est alors que commence la Sulhie, la concrétisation vivante.

Sulhie, premier levier : fables et lucidité

Au premier levier de la Sulhie, le personnage observe les fables que son esprit produit pour éviter l’action. Lorsqu’il doit poser une limite, une voix intérieure murmure : ce n’est pas si grave. Tu exagères. Tu vas perdre cette relation. Souviens-toi, la dernière fois que tu as parlé, ça s’est mal terminé. Ou encore : tu es trop sensible. Tu ferais mieux de t’adapter.

Il apprend à reconnaître ces pensées comme des récits, non comme des faits. Les faits sont simples. Son corps se crispe. Son cœur accélère. Un besoin est contraint. La fable ajoute une catastrophe imaginaire. Il devient lucide. Il voit que ses pensées sont des pensées. Qu’elles viennent du passé, pas du présent. Il n’essaie pas de les faire taire. Il les laisse passer. Il revient à ce qui compte maintenant : le respect, la sécurité, la fidélité à lui-même.

Sulhie, deuxième levier : maturité émotionnelle

Au deuxième levier de la Sulhie, il accepte l’inconfort émotionnel. Lorsqu’il pose une limite, son corps tremble. La peur surgit. Il ne fuit pas. Il reste. Il respire. Il laisse l’adrénaline circuler sans lui obéir. La première fois, l’inconfort dure longtemps. La deuxième fois, un peu moins. À force d’expositions successives, le système nerveux apprend. La crispation se relâche. La douceur apparaît. Non pas parce que le danger disparaît, mais parce que la capacité à y rester augmente. La maturité émotionnelle se construit ainsi, par la traversée consciente.

Sulhie, troisième levier : réconciliation interne

Au troisième levier de la Sulhie, les nouvelles limites s’appliquent aussi aux conflits internes. Quand une partie de lui veut fuir, il l’écoute. Quand une autre veut attaquer, il l’écoute aussi. Il ne s’identifie plus à l’une contre l’autre. Il rassemble. Il dit intérieurement : tu as ta place, mais voici ton espace. Il réconcilie ce qui était fragmenté. Il réitère son engagement envers toutes ses parts, sans les laisser se détruire entre elles.

Sulhie, quatrième levier : agir par relâchement

Au quatrième levier de la Sulhie, l’agir devient fluide. Il agit sans dureté. Il n’a plus besoin de se crisper pour être ferme. Il parle avec douceur, mais ne recule plus. Il s’habite avec tendresse. L’énergie qu’il utilise ne vient plus des réserves de survie, mais de la source restaurée de ses élans vitaux. Agir ne l’épuise plus. Cela le nourrit.

Sulhie, cinquième levier : constat vivant

Enfin, au cinquième levier de la Sulhie, le personnage constate. Le monde ne s’est pas effondré. Les relations qui ne pouvaient pas respecter ses limites se sont éloignées. D’autres se sont ajustées. Ses dépôts sacrés sont honorés. Les limites redessinées intérieurement ont été appliquées extérieurement. Il est resté fidèle à lui-même. Il a dépassé la fusion cognitive. Il a trouvé assez de maturité émotionnelle pour ne plus se fuir. Il a signifié à chaque partie intérieure qu’elle comptait. Il a agi avec relâchement et ouverture.

Et dans ce constat simple, presque silencieux, il reconnaît que la blessure n’organise plus sa vie. Elle existe comme mémoire, non comme gouvernail. La violence n’est plus la matrice de ses choix. La vie circule à nouveau, non dans la lutte, mais dans une paix active, incarnée, stable.

La maison qui a quitté le corps, une nouvelle littéraire sur la blessure emotionnelle d’être victime de violences conjugales

La première chose que Clara remarqua, ce matin là, ce fut le silence. Pas un silence paisible…

Illustration d'une Nouvelle littéraire située à Paris dans les années 2020 sur la guérison des violences conjugales, entre reconstruction intérieure, limites retrouvées et force douce.