Ce que la terre garde
Lyon, octobre 2013. La ville avait cette lumière de cuivre qui s’attarde sur les façades de la Presqu’île avant de glisser vers la Saône…
Lyon, octobre 2013. La ville avait cette lumière de cuivre qui s’attarde sur les façades de la Presqu’île avant de glisser vers la Saône. Des tramways passaient comme des aiguilles, rapides et indifférents, et les terrasses du cours Franklin Roosevelt s’emplissaient d’une chaleur de café, de rires et de voix pressées. Dans cette abondance tranquille, Clara avançait avec une lenteur étrangère, comme si le sol s’était mis à flotter.
Elle avait trente deux ans et l’ombre légère d’une vie bien tenue. Un poste de cheffe de projet dans une agence numérique près de la Part Dieu, un appartement au septième étage à deux pas de la place Guichard, des week ends au marché de la Croix Rousse, des courses chez le fromager qu’elle appelait par son prénom. Elle avait appris à se sentir solide. Ce matin là, pourtant, sa solidité se fissurait à chaque pas.
Elle s’arrêta au pied de l’immeuble, leva les yeux vers les fenêtres, chercha la sienne. Au balcon, une plante en pot penchait, comme fatiguée. Elle pensa que tout penchait.
Dans l’ascenseur, elle regarda son reflet dans le miroir. Pas de larmes, pas de traces visibles. Simplement une peau un peu plus pâle et un regard qui ne s’accrochait plus à rien. Elle entra chez elle, posa son sac, garda son manteau. Le téléphone vibrait. Un message de Julien.
Tu sors du cabinet. Dis moi. Je t’attends.
Julien. Son compagnon depuis six ans. Un homme calme, professeur d’histoire au lycée du Parc, capable de parler de la Révolution française comme d’une histoire intime. Il avait cette douceur posée qui rassure, mais elle savait aussi, depuis quelques disputes, que sa douceur devenait parfois un refuge où il se cachait.
Elle s’assit sur le canapé sans enlever ses chaussures. Le compte rendu du médecin lui revenait par fragments, comme une phrase interrompue. Absence d’activité cardiaque. Le terme était presque technique, presque propre. Une manière de ne pas dire mort.
Elle ouvrit la fenêtre. La rumeur de la ville monta. Elle crut entendre les pas de toutes les femmes enceintes de Lyon, leur cadence tranquille, leurs mains posées sur leur ventre comme sur un secret qui grandit. Elle ferma la fenêtre.
Julien arriva une heure plus tard, essoufflé, les cheveux encore humides, comme s’il avait couru sous la pluie. Il s’approcha d’elle et la prit dans ses bras. Elle ne bougea pas.
« On nous l’a dit. »
Il la regarda, chercha une phrase.
« Je suis là. »
Elle hocha la tête, sans savoir si c’était vrai. Être là, c’était où. Dans quelle pièce. Dans quel monde.
Elle finit par parler, d’une voix qui lui sembla venir d’une autre.
« Je me sens responsable. »
Julien fronça les sourcils.
« Responsable de quoi. »
« De tout. De ce café que j’ai bu, de cette réunion où j’ai forcé, de cette fois où j’ai couru pour attraper le métro, de mon agacement quand ta sœur a parlé de ses enfants. De ma peur. J’ai eu peur et peut être que le corps l’a entendu. »
Julien ouvrit la bouche, la referma. Il s’assit en face d’elle.
« Clara, tu sais que ça ne marche pas comme ça. »
« Je sais. Et pourtant je le crois. Je le crois au point que ça me brûle. »
Il se pencha, posa sa main sur la sienne. Elle la retira.
Le soir tomba vite. Julien proposa de manger, elle refusa. Il proposa de dormir, elle refusa. Ils restèrent dans le salon, la télévision éteinte, deux êtres que le silence séparait en deux continents. Vers minuit, Julien dit doucement qu’il allait faire un tour pour respirer. Elle n’eut pas la force de protester. Quand la porte se referma, le claquement lui donna l’impression d’un verdict.
Le lendemain, Clara appela une amie. Léa. Elles s’étaient connues à la fac, avaient traversé ensemble des colloques, des ruptures et des déménagements. Léa vivait à Vaise, travaillait comme infirmière en maternité à l’hôpital de la Croix Rousse. Quand Clara parla, elle ne s’interrompit pas, ne consola pas trop vite. Elle écouta, comme on tient un bol pour éviter qu’il ne se renverse.
Elles se retrouvèrent dans un petit café de la montée de la Grande Côte, près d’une librairie. Dehors, la ville montait en marches, comme si Lyon avait été construite pour apprendre à respirer.
Clara posa ses mains autour de son bol de chocolat. Léa la regarda.
« Dis moi ce que tu t’accuses de faire. »
Clara sourit, mais c’était un sourire sans joie.
« Je m’accuse d’être humaine. »
Léa inclina la tête.
« C’est une phrase juste. Et c’est pour ça qu’on va la regarder autrement. Tu te juges. Moi je te propose de te garder. »
Clara haussa un sourcil, comme si le mot était trop grand.
« Te garder, répéta Léa. Pas te tenir comme une porcelaine, mais te garder comme on garde quelque chose de précieux confié. »
Clara resta silencieuse.
Léa reprit, d’une voix basse, avec cette précision des soignants qui n’aiment pas mentir.
« Il y a plusieurs parts en toi qui se battent et se blessent. Je les vois parce que je vois ça tous les jours, dans des chambres où les murs sont trop blancs. La part qui voulait protéger la vie. La part qui veut être irréprochable. La part qui aime et qui se sent abandonnée. La part qui cherche du sens et qui n’en trouve pas. Elles crient toutes en même temps, alors tu crois que la seule manière de faire taire le chaos, c’est de désigner un coupable. Toi. »
Clara sentit sa gorge se serrer. Elle murmura.
« Si c’est ma faute, j’ai un pouvoir. Même un pouvoir horrible. »
« Oui, dit Léa. Et si ce n’est pas ta faute, tu dois accepter l’impuissance. C’est ça qui te terrifie. »
Clara baissa les yeux. Léa continua.
« On va faire quelque chose. Tu vas retrouver ce qui t’a été confié. Ce n’est pas une théorie, c’est un geste. Tu vas voir chaque part comme un dépôt sacré. Un élan vital. Pas un ennemi. »
Clara regarda Léa, comme on regarde une amie qui invente une langue nouvelle pour éviter la noyade.
« Et je fais comment. »
Léa posa ses deux mains à plat sur la table, comme pour ancrer le monde.
« D’abord, tu les nommes. Tu n’as pas besoin de les aimer tout de suite. Tu les reconnais. La protectrice. Celle qui veut que tout soit sûr, stable. Elle porte un besoin supérieur de sécurité. La fidèle. Celle qui veut être digne, à la hauteur de l’image de la mère parfaite. Elle porte un besoin de reconnaissance. L’amoureuse. Celle qui veut appartenir, être liée, créer une famille. Elle porte un besoin d’amour et d’appartenance. Et puis la vivante. Celle qui veut respirer, créer, être entière, même au milieu du chagrin. Elle porte un besoin d’accomplissement, pas au sens de performance, au sens de vie qui circule. »
Clara sentit, étrangement, une chaleur minuscule dans sa poitrine. Pas de la joie. Un peu d’air.
« Et après. »
« Après, tu deviens leur gardienne. Parce que si tu ne le fais pas, une seule part prendra le pouvoir. La fidèle, par exemple, et elle te fouettera avec la culpabilité. Ou la protectrice, et elle te condamnera à ne plus jamais tenter la vie. La gardienne écoute, mais elle décide aussi. Elle redessine les contours. »
Clara répéta, comme pour vérifier.
« Redessiner. »
« Oui. Ça veut dire poser des limites à l’intérieur de toi. Dire à la fidèle qu’elle n’a pas le droit de confondre perfection et amour. Dire à la protectrice qu’elle ne peut pas exiger du monde qu’il soit contrôlable. Dire à l’amoureuse qu’elle n’est pas obligée de se prouver par la punition. Dire à la vivante qu’elle a le droit de réclamer du soin, du repos, de la beauté. »
Clara serra le bol.
« Et ça change quoi dehors. »
Léa sourit, enfin.
« Ça change tout. Parce que les limites intérieures deviennent des limites extérieures. Tu vas cesser de répondre à certaines questions. Tu vas arrêter de t’excuser. Tu vas choisir ce que tu partages et à qui. Et tu vas demander à Julien d’être présent d’une manière précise. Pas une présence floue. »
Clara ferma les yeux.
« Julien ne sait pas. Il… il est gentil. Il s’échappe. »
« On va le ramener, dit Léa. Sans violence, mais sans te perdre. »
Ce soir là, Clara écrivit. Elle n’écrivait pas souvent, mais cette fois elle prit un cahier et traça quatre titres. Protectrice. Fidèle. Amoureuse. Vivante. Sous chaque titre, elle nota une phrase de besoin, comme une demande simple qu’on aurait dû lui autoriser depuis longtemps.
Sous Protectrice, elle écrivit. J’ai besoin de sécurité dans le présent. Pas de contrôle sur le passé. Je protège en prenant soin de mon corps, pas en me punissant.
Sous Fidèle, elle écrivit. J’ai besoin de dignité sans condition. Je n’ai pas à être parfaite pour être aimable.
Sous Amoureuse, elle écrivit. J’ai besoin d’être tenue, entendue, pas réparée. Je n’ai pas à justifier mon chagrin.
Sous Vivante, elle écrivit. J’ai besoin de respirer. Je veux marcher au bord de l’eau. Je veux dormir. Je veux manger sans honte.
Elle relut. Ce n’était pas un miracle. Mais les phrases étaient des balises.
Quand Julien rentra, elle était assise à la table de la cuisine. Il posa ses clés, la regarda prudemment.
« Tu m’en veux. »
Clara sentit la fidèle se lever en elle, prête à accuser. Elle inspira, se rappela le mot gardienne.
« Je ne t’en veux pas. J’ai besoin de toi autrement. »
Julien eut un mouvement de recul, comme si le mot besoin était une exigence.
« Dis moi. »
« Quand tu pars pour respirer, moi je suffoque. Je ne te demande pas de rester immobile avec moi toute la nuit. Je te demande de me dire où tu vas, combien de temps, et surtout de revenir me prendre dans tes bras sans me demander d’aller mieux. »
Julien resta silencieux. Sa gorge se contracta.
« J’ai peur de mal faire. »
Clara sentit la part protectrice, celle qui voulait tout verrouiller, qui aurait voulu lui dire qu’il avait déjà mal fait. Elle la regarda, intérieurement, comme on regarde une enfant affolée.
Elle répondit à voix haute.
« Je ne te demande pas de bien faire. Je te demande de rester. Et si tu as peur, dis le. Je peux entendre ta peur. Ce que je ne peux pas, c’est ton absence. »
Julien ferma les yeux, hocha la tête. Il s’approcha, posa ses mains sur ses épaules.
« D’accord. Je vais rester. Et je vais parler. »
Le lendemain, les contraintes du monde se présentèrent. Le travail. Les mails. Une collègue, Sophie, annonça sa grossesse à la machine à café, les yeux brillants. Clara sentit la jalousie monter, lourde et honteuse. La fidèle voulut la punir. La gardienne intervint. Elle se dit. Ce n’est pas une preuve que je suis mauvaise. C’est une mesure de ma perte.
Elle sourit à Sophie, une seconde trop tard, mais elle sourit. Puis elle alla aux toilettes, ferma la porte, posa sa main sur son ventre. Elle sentit le vide, oui, et elle sentit aussi qu’elle pouvait rester debout.
Le soir, la belle mère appela. Elle parlait toujours vite, comme si le silence allait l’avaler.
« Alors, comment ça va. Tu es un peu fatiguée, ma chérie. Tu devrais te changer les idées. Et puis, tu sais, tu en auras un autre, ça arrive, c’est la nature. »
Les mots furent des aiguilles. Clara sentit la protectrice se hérisser, la fidèle trembler. Elle se rappela que poser une limite n’était pas une guerre, mais une protection.
« Je t’arrête, dit elle doucement. Je sais que tu veux aider. Mais je ne veux pas qu’on me dise que c’est la nature ou que j’en aurai un autre. J’ai besoin qu’on reconnaisse que c’est une perte. Si tu veux me soutenir, tu peux me demander comment je me sens aujourd’hui. Et tu peux accepter que je n’aie pas envie de me changer les idées. »
Un silence. La belle mère respira fort.
« Je ne savais pas. Pardon. Comment tu te sens aujourd’hui. »
Clara eut les larmes aux yeux. Elle répondit la vérité.
« Je me sens triste. Et un peu en colère. Et j’ai peur. »
Elle raccrocha. Julien la regardait, surpris, presque admiratif.
« Tu as été ferme sans être dure. »
Clara répondit.
« J’essaie d’être gardienne. »
Les jours suivants, le cerveau de Clara inventa des fables, comme des excuses qui déguisent la peur. Elle se surprit à penser. Si je dis non, on va me trouver ingrate. Si je refuse le dîner de famille, ils vont croire que je dramatise. Si je pleure, Julien va s’éloigner. Si je demande de l’aide, on va me juger.
Chaque fable avait la voix d’un vieux passé. Une enfance où il fallait être sage. Une adolescence où elle avait appris à réussir pour être aimée.
Elle en parla à Léa, un dimanche sur les quais du Rhône, près du pont Wilson. Les vélos passaient, la rivière coulait sans se souvenir de rien.
Léa lui dit.
« Regarde tes pensées comme des nuages. Elles sont là, elles passent. Elles ne sont pas des ordres. Les faits, c’est que tu souffres. Les faits, c’est que tu as le droit de choisir. Les faits, c’est que ton corps mérite du soin, pas une condamnation. »
Clara répéta, comme une formule.
« Faits contre fables. »
Et elle apprit une lucidité nouvelle. Au moment où une fable surgissait, elle se demandait. Qu’est ce qui compte vraiment maintenant. Souvent, la réponse était simple. Me respecter. Me protéger. Dire vrai.
Mais la lucidité ne suffisait pas. Il fallait la maturité émotionnelle, celle qui reste dans l’inconfort au lieu de s’enfuir. Clara dut s’y entraîner.
La première exposition fut un repas d’anniversaire chez sa sœur, à Tassin. Une grande table, des enfants qui couraient, des phrases qui volaient comme des balles. Quelqu’un demanda, avec la maladresse des gens heureux.
« Et vous, c’est pour quand. »
Clara sentit son cœur accélérer. Une chaleur monta dans son visage. Elle aurait voulu rire, détourner, plaisanter. L’évitement lui faisait signe, familier.
Elle posa sa fourchette.
« Ce n’est pas un sujet dont je veux parler ce soir. »
Sa sœur la regarda, déstabilisée.
« Oh pardon, je ne savais pas. »
Un autre insista, sans malice.
« Mais enfin, ça va aller, non. »
Clara sentit la crispation, la peur, la tentation de se justifier. Elle resta. Elle sentit le tumulte, mais elle ne le suivit pas.
« Je sais que vous voulez rassurer. Moi j’ai besoin qu’on respecte ma limite. »
La voix tremblait un peu, mais elle tint. Puis, quelque chose d’étrange se produisit. Le monde ne s’écroula pas. Personne ne cria. Personne ne la rejeta. Sa sœur posa une main sur son bras.
« Bien sûr. Viens, on va dehors deux minutes. »
Dans le jardin, l’air froid lui fit du bien. Sa sœur chuchota.
« Je suis désolée. Si tu veux, je peux dire aux autres d’arrêter. »
Clara sentit une douceur remplacer la crispation. C’était cela, la maturité émotionnelle qui s’acquiert. Rester dans l’inconfort jusqu’à ce qu’il perde son pouvoir.
De retour à Lyon, Clara et Julien décidèrent d’un geste symbolique. Pas pour effacer, mais pour donner une place. Ils achetèrent un petit arbre, un érable japonais, et le plantèrent dans un grand pot sur le balcon. Julien dit.
« Ce n’est pas un substitut. C’est un signe que quelque chose a existé. Et que nous continuons. »
Clara posa ses mains dans la terre humide. Elle pensa à la part amoureuse, celle qui voulait un lien. Elle lui offrit ce lien là, humble, réel.
Le mois de décembre arriva avec ses vitrines, ses lumières, ses publicités de bébés joufflus. Les rappels étaient partout. Clara sentit encore la douleur se réveiller, mais elle ne se noya plus dedans. Les parts en elle n’étaient plus des ennemies. La protectrice veillait à ce qu’elle dorme, mange, marche. La fidèle apprenait à se taire quand elle devenait juge. L’amoureuse demandait des bras et des mots. La vivante réclamait des moments de beauté.
Un soir, Julien rentra tard. Il avait corrigé des copies, parlé à un élève en détresse. Il posa son sac, s’approcha.
« Je pense à elle, dit il. À cette grossesse. Je n’ai pas su le dire. Je croyais que si je disais, je t’enfoncerais. »
Clara sentit une vague de tendresse.
« Si tu dis, tu me rejoins. »
Il la prit dans ses bras. Ils restèrent longtemps ainsi. Clara comprit alors le quatrième mouvement intérieur, celui qui rassemble l’identité. Elle n’était pas seulement celle qui avait perdu. Elle était celle qui gardait la vie en elle, sous toutes ses formes. Elle était une femme fidèle à ses dépôts, pas une accusée.
Au début de 2014, Clara prit une décision. Elle demanda à son agence un aménagement temporaire, deux jours de télétravail par semaine. Elle avait peur de passer pour fragile. Les fables revinrent. Tu es moins forte. Tu vas perdre ta place. On va te juger.
Elle répondit, lucide. Ce qui compte, c’est de retrouver un rythme vivable. Elle fit la demande. Son directeur accepta sans drame. Encore une fois, le monde ne s’effondra pas.
Peu à peu, la Sulhie, la réconciliation concrète, prit chair dans les gestes. Clara ne fuyait plus ses amis enceintes par réflexe. Elle choisissait. Parfois oui, parfois non, selon son état du jour. Elle apprit à dire. Aujourd’hui, je ne peux pas. Aujourd’hui, je peux, mais je ne veux pas parler de grossesse. Et ses amis, à sa surprise, s’adaptèrent.
Elle commença aussi une thérapie, une fois par semaine, dans un cabinet près de Bellecour. Elle ne venait pas pour être réparée, mais pour être entendue sans devoir performer. Elle apprit à déposer la culpabilité comme on dépose une valise trop lourde.
Au printemps, Léa lui proposa de venir à une rencontre qu’elle organisait, une soirée de parole entre femmes ayant vécu une fausse couche. Clara hésita. La fable était là. Si j’y vais, ça rend la chose réelle. Si j’y vais, je vais pleurer devant des inconnues.
Elle y alla. Elle pleura. Et ce fut une délivrance. Les histoires différentes se répondaient comme des échos. L’une avait été blâmée par sa famille. Une autre avait dû accoucher d’un bébé mort, dans une chambre où l’on entendait les nouveau nés du couloir. Une autre avait perdu après des années d’infertilité. Clara sentit son isolement se fissurer. Elle n’était pas seule. Sa douleur appartenait à une humanité plus vaste.
En rentrant, elle dit à Julien.
« Je crois que le vrai conflit était en moi. Je me battais contre moi même. »
Julien répondit.
« Et maintenant. »
Clara regarda la ville par la fenêtre. Le Rhône brillait au loin.
« Maintenant, je suis entière. Je suis triste parfois. Mais je ne suis plus coupable. »
Elle posa sa main sur son cœur, comme pour vérifier qu’il tenait.
« Je garde ce qui m’a été confié. La vie, l’amour, la dignité, le sens. Je ne peux pas tout contrôler. Mais je peux choisir comment je me tiens. Et je peux dire mes limites sans me perdre. »
Julien sourit, un sourire humide.
« Et moi, je peux rester. »
Ils allèrent sur le balcon. L’érable avait fait des bourgeons. Une chose minuscule, mais têtue. Clara le regarda et pensa que la force la plus durable n’était pas la tension, mais la source. Elle ne venait plus de l’effort de tenir, mais de la fidélité à ses besoins supérieurs, remis à leur place, nourris, respectés.
La ville continuait, les tramways continuaient, les terrasses continuaient. Et au milieu de ce mouvement, une femme apprenait à vivre avec une absence sans devenir absence elle même.
Un soir de juin, sur la place des Terreaux, Léa la retrouva. Des enfants jouaient près de la fontaine, des touristes prenaient des photos. Clara marchait sans lenteur.
Léa demanda.
« Alors. Le monde ne s’est pas écroulé. »
Clara répondit.
« Non. Et moi non plus. »
Elle se tut une seconde, puis ajouta.
« Je croyais que la douceur était une faiblesse. Je découvre que c’est une force qui ne s’éteint pas. »
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