Parole de feu pour celles et ceux qui ne veulent plus se trahir
(avant la transmission à la Sulhie)
Nous parlons depuis le dedans
Nous parlons depuis le lieu où le souffle se serre.
Depuis la poitrine qui sait avant la tête.
Depuis ce point précis où l’on sent que quelque chose, en nous, n’a jamais renoncé, même lorsque nous avons cédé.
Nous parlons pour celles et ceux qui tiennent debout, mais à moitié.
Pour celles et ceux qui fonctionnent, mais ne vibrent plus.
Pour celles et ceux qui ont appris à survivre si bien qu’ils ont oublié comment laisser passer la vie.
L’Amana n’est pas une idée.
L’Amana est une pression intérieure.
Une insistance.
Un appel qui revient, même quand on détourne le regard.
Nous disons la vérité nue
La vérité est simple et brutale :
la vie nous a été confiée sans mode d’emploi,
et nous avons fait ce que nous avons pu.
Nous avons fermé des portes pour ne plus souffrir.
Nous avons contracté nos désirs pour ne plus espérer.
Nous avons réduit nos élans pour rester acceptables.
Et nous avons appelé cela maturité.
Nous avons appelé cela réalisme.
Nous avons appelé cela sagesse.
Mais au fond, nous le savions :
quelque chose en nous étouffait.
Ce n’est pas la vie qui fait mal.
C’est de ne pas lui être fidèle.
Nous nommons ce qui brûle
Nous nommons ce qui brûle en silence :
- cette fatigue qui ne se repose pas,
- cette colère qui n’ose pas sortir,
- ce désir qui se déguise en cynisme,
- cette peur qui prend le masque de la prudence.
Nous disons : ce ne sont pas des défauts.
Ce sont des élans empêchés.
Des forces vivantes coincées derrière des portes trop longtemps fermées.
Nous rappelons le dépôt
Nous rappelons ceci, sans détour :
La vie ne nous a pas donné un seul élan.
Elle nous en a confié quatre.
Et nous sommes responsables des quatre, ensemble.
Il y a en nous :
- une vie qui veut durer,
- une chair qui veut aimer,
- une lignée qui veut être reconnue,
- une espèce qui veut agir et transmettre.
Ces forces ne sont ni propres ni sales.
Elles ne sont ni spirituelles ni vulgaires.
Elles sont vivantes.
Les nier, c’est se nier.
En privilégier une au détriment des autres, c’est se déchirer.
Nous sommes dignes
Nous disons :
si la vie nous a traversés,
si ces élans battent en nous,
alors nous sommes dignes de confiance.
La vie ne se trompe pas de porteur.
Accepter l’Amana, ce n’est pas se glorifier.
C’est se lever à la hauteur de ce qui nous traverse.
Nous acceptons la garde
Nous acceptons de ne plus nous cacher derrière l’excuse de l’impuissance.
Nous acceptons la responsabilité sacrée d’être gardiens.
Gardiens du corps.
Gardiens du lien.
Gardiens de la dignité.
Gardiens de l’élan d’agir.
Être gardien, ce n’est pas tout réussir.
C’est ne plus trahir volontairement.
C’est dire :
je ne me détournerai plus de ce qui demande à vivre en moi.
Nous plaçons nos valeurs devant nous
Nous cessons de porter nos valeurs et la protection des territoires de nos dépôts comme des poids morts.
Nous les plaçons devant, comme des directions.
Nous choisissons des rôles.
Nous choisissons des thèmes.
Nous choisissons des lignes de fidélité.
Être un parent présent, même maladroit.
Être un partenaire vrai, même inconfortable.
Être un membre digne de sa lignée, même à contre-courant.
Être un acteur du monde, même imparfait.
Mieux vaut une fidélité imparfaite qu’une cohérence morte.
Nous affirmons l’acte
Nous affirmons que l’acte transforme plus que l’intention.
Que le Soi se construit par ce que le « je » ose faire.
Que chaque geste fidèle réouvre une porte.
Nous ne demandons pas la disparition de la peur.
Nous demandons qu’elle cesse de gouverner.
La peur peut parler.
Elle ne décide plus.
Nous rouvrons la maison
Nous rouvrons la maison intérieure.
Pas d’un coup.
Pas violemment.
Porte après porte.
Avec tremblement parfois.
Avec résistance souvent.
Mais nous rouvrons.
Car nous savons désormais ceci :
la maison n’était pas dangereuse.
Elle était inhabitée.
Nous savons où nous en sommes
L’Amana est le temps de la fidélité retrouvée.
Le temps où l’on cesse de se battre contre soi.
Le temps où l’on accepte d’être un passage.
Elle ne promet pas la paix immédiate.
Elle promet mieux :
une direction juste.
Nous annonçons la suite
Lorsque la garde est assumée,
lorsque la vie circule à nouveau,
lorsque les portes tiennent ouvertes sans effort,
alors un autre mouvement devient possible.
Non plus seulement la fidélité à la vie,
mais la réconciliation avec l’autre.
Alors l’Amana s’incline.
Et elle passe la main.
À la Sulhie.
Mais pour l’instant,
reste ceci :
Tiens ta garde.
Sois fidèle.
Laisse passer la vie.
Et signe ce manifeste
avec ton corps,
tes choix,
et ce que tu feras demain.