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perdre l’un de ses cinq sens

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perdre l’un de ses cinq sens

Tu vois, Éléonore… depuis que c’est arrivé, j’ai l’impression d’avoir été déposé dans une ville dont on aurait éteint une rue entière…

application de l’Amana et de la sulhie

Voici une proposition de résolution complète de la blessure émotionnelle « perdre l’un de ses cinq sens », à travers l’exemple d’un personnage devenu malentendant à la suite d’un accident.

Nous suivons pas à pas le chemin de guérison par l’Amana puis par la Sulhie, selon leurs leviers respectifs.


Se reconnaître gardien d’un dépôt sacré plus grand que les circonstances.


Exemple d’incidence de la blessure

Antoine a perdu l’ouïe à trente-quatre ans. Avant, il était musicien amateur. Les conversations lui demandent désormais un effort intense. Il évite les dîners. Il redoute les malentendus. Il croit qu’il n’est plus entier.

Son élaboration intérieure est dominée par trois tensions :

  • Son besoin d’appartenance : être avec les autres, rire, partager.
  • Son besoin d’estime : être compétent, ne pas être réduit à son handicap.
  • Son besoin d’accomplissement : continuer à créer, transmettre, exister dans le monde.

Ces besoins sont contraints par la circonstance extérieure : la perte de l’ouïe.


AMANA : Premier levier

Reconnaître le dépôt sacré et restituer les élans vitaux supérieurs.

Antoine découvre que, malgré la perte, il demeure dépositaire de quatre élans vitaux supérieurs :

  1. Élan d’existence : droit d’être, dignité intrinsèque.
    → Même sans entendre, il reste un être digne d’exister pleinement.
  2. Élan de relation : amour, appartenance.
    → Son incapacité auditive ne supprime pas son aptitude à aimer et être aimé.
  3. Élan de valeur : estime, reconnaissance.
    → Sa compétence ne dépend pas uniquement de l’ouïe.
  4. Élan d’accomplissement : contribution, création, sens.
    → Il peut transmettre la musique autrement.

Il comprend une vérité fondatrice :
La circonstance est inférieure au dépôt sacré.

Exemples de restitution :

  • Il découvre qu’il peut ressentir la musique par les vibrations.
  • Il s’initie à la langue des signes.
  • Il écrit sur l’expérience sensorielle du silence.

La perte ne détruit pas l’élan vital ; elle le transforme.


AMANA : Deuxième levier

Le gardien redessine les territoires intérieurs en conflit.

Antoine observe son monde intérieur :

  • Une part veut se cacher pour éviter l’humiliation.
  • Une part veut prouver qu’il est encore capable.
  • Une part veut se plaindre.
  • Une part aspire à créer.

Ces parties se contraignent mutuellement.

Le gardien intérieur se lève. Il dit :

« Chaque part compte, mais aucune ne gouvernera seule. »

Il redessine les territoires :

  • À la peur : « Tu peux me prévenir d’un danger réel, mais tu ne décideras plus de mes relations. »
  • À la honte : « Tu signales une blessure, mais tu ne définiras pas ma valeur. »
  • À l’aspiration créatrice : « Tu auras un espace concret chaque semaine. »
  • Au besoin de lien : « Tu auras un dîner par mois, même imparfait. »



Limites intérieures devenant limites extérieures

  • Il annonce à ses amis : « J’ai besoin que vous me regardiez quand vous me parlez. »
  • Il refuse les environnements trop bruyants sans aménagement.
  • Il cesse de feindre qu’il a compris.
  • Il quitte une conversation lorsqu’elle devient trop fatigante.

Il devient gardien responsable. Non victime, non tyran.


AMANA : Troisième levier

Les thèmes symboliques qui guident l’action.

Antoine choisit trois symboles directeurs :

  1. Le phare : il ne lutte pas contre la mer, il éclaire.
    → Il devient ressource pour d’autres malentendants.
  2. Le traducteur : il apprend à traduire le monde autrement.
    → Il crée un atelier « ressentir la musique autrement ».
  3. Le jardinier : il cultive ce qui pousse encore.
    → Il développe ses capacités visuelles et tactiles.

Ces symboles guident ses comportements quotidiens.


AMANA : Quatrième levier

Retrouver son identité par l’engagement fidèle.

Antoine s’engage :

  • À défendre son besoin de relation.
  • À créer malgré la perte.
  • À ne plus confondre dignité et performance.

Son identité n’est plus « celui qui a perdu l’ouïe »
mais « celui qui transforme le silence en présence ».

Il est fidèle à ses dépôts sacrés.


Incarnation concrète et réconciliation vivante.


SULHIE : Premier levier

Fables versus faits.

Ses fables :

  • « Je vais déranger si je demande de répéter. »
  • « Ils vont se lasser. »
  • « Je ne suis plus musicien. »
  • « Je n’ai jamais su m’imposer. »
  • « Je suis fragile depuis toujours. »

Lucidité :

Fait : ses amis ont accepté ses demandes.
Fait : il ressent encore la musique.
Fait : il a déjà traversé des épreuves.

Il apprend à entendre sa narration intérieure sans y fusionner.
Une pensée n’est qu’une pensée.

Il se dit : « Ce qui compte maintenant, c’est être fidèle à mes dépôts. »

Il laisse passer la peur sans lui obéir.


SULHIE : Deuxième levier

Maturité émotionnelle.

Lors d’un dîner :

Il dit : « J’ai besoin que vous parliez un par un. »

Rougeur. Tension. Silence.

Il reste.
Il ne fuit pas.
Il respire.

La crispation diminue.

Expositions successives :

  • Il prend la parole en réunion.
  • Il corrige un malentendu.
  • Il refuse un lieu inadapté.

À chaque fois, le tumulte baisse plus vite.

La peur devient traversable.

La douceur remplace la crispation.


SULHIE : Troisième levier

Réconciliation interne.

Conflit interne :

  • La part honteuse veut se taire.
  • La part ambitieuse veut briller.
  • La part blessée veut se retirer.

Il les écoute toutes.

Il leur attribue un territoire :

  • À la part blessée : un temps d’écriture.
  • À la part ambitieuse : un projet concret.
  • À la part honteuse : le droit d’exister sans gouverner.

Il se rassemble.

Il réitère son engagement :
« Je ne m’abandonnerai plus. »


SULHIE : Quatrième levier

Agir avec relâchement et douceur.

Antoine ne force plus.

Il agit sans crispation.

Il explique calmement ses besoins.
Il sourit quand il demande de répéter.
Il crée sans vouloir prouver.

Il s’habite avec tendresse.

Son action ne fatigue plus, car elle vient de la source retrouvée :
relation, valeur, accomplissement, dignité.


SULHIE : Cinquième levier

Constat de guérison.

Il constate :

  • Le monde ne s’est pas écroulé.
  • Ses amis sont restés.
  • Ses projets ont vu le jour.
  • Il n’est pas rejeté pour avoir posé ses limites.

Il a :

  • Honoré ses dépôts sacrés.
  • Redéfini ses limites intérieures.
  • Exprimé ces limites à l’extérieur.
  • Dépassé la fusion avec ses pensées.
  • Traversé l’inconfort émotionnel.
  • Réconcilié ses parts.
  • Agi avec douceur.

La blessure ne gouverne plus son identité.

Il n’est plus « amputé d’un sens ».

Il est devenu gardien fidèle de ce qui lui a été confié.

La perte demeure un fait.
La blessure, elle, est guérie.

Le Pont des Silences, une nouvelle littéraire sur la blessure emotionnelle de perdre l’un de ses cinq sens

Rome, 2014. La ville avait cette manière d’avancer en même temps qu’elle s’effrite. Les murs portaient des siècles comme on porte des rides, avec une fierté têtue…