📚

se faire avorter

📚

se faire avorter

Tu as cette manière de sourire, Élise, qui ressemble à une lampe allumée dans une pièce où l’on a fermé les rideaux. On devine la lumière, mais on ne voit pas le jour…

application de l’Amana et de la sulhie

Voici une proposition de résolution incarnée de la blessure émotionnelle se faire avorter, fidèle au dialogue précédent, en entrant pas à pas dans le mouvement de l’Amana puis de la Sulhie.


Amana : premier levier

Élise a longtemps cru que l’avortement avait détruit quelque chose d’essentiel en elle. Comme si la circonstance avait tout recouvert. Le premier basculement se fait lorsqu’elle comprend que, quoi qu’il soit arrivé, quelque chose en elle n’a jamais été perdu, seulement contraint.

Elle découvre qu’elle est dépositaire de plusieurs élans vitaux sacrés.
Il y a l’élan de vie et de création, ce désir profond de faire advenir, de transmettre, d’aimer sans mesure.
Il y a l’élan de lien et d’appartenance, ce besoin d’être reliée, reconnue, accueillie sans condition.
Il y a l’élan de dignité et de sens, ce besoin supérieur d’être juste avec elle-même, fidèle à ce qui l’anime intérieurement.
Il y a enfin l’élan de sécurité et de continuité, ce besoin d’un sol intérieur stable pour ne plus vivre dans la peur.

Pendant des années, Élise avait confondu la perte d’une possibilité avec la perte de ces élans eux-mêmes. Elle pensait que l’événement avait annulé son droit à la vie, à l’amour, à la dignité. Or elle comprend peu à peu que le dépôt sacré ne disparaît jamais. Il précède les circonstances. Il les surpasse.

Par exemple, son désir de protéger n’a jamais cessé d’exister. Il s’est simplement retourné contre elle. Son besoin de sens ne s’est pas éteint ; il s’est figé dans la culpabilité. Son élan d’amour n’a pas disparu ; il s’est enfermé dans le silence.

Reconnaître cela change tout. Elle ne se voit plus comme une faute ambulante, mais comme la gardienne d’élans vivants qui demandent à respirer à nouveau.


Amana : deuxième levier

Vient ensuite une étape délicate. Élise réalise que ces dépôts sacrés sont entrés en conflit à l’intérieur d’elle-même.
Son besoin de sécurité a écrasé son besoin de vie.
Son besoin d’appartenance a étouffé sa dignité.
Son désir de protection a pris le pouvoir sur son droit à la joie.

Jusqu’ici, ces élans se battaient dans l’ombre, produisant confusion, fatigue, auto-sabotage.
Le travail du gardien commence lorsqu’Élise accepte de se sentir légitime pour arbitrer.

Elle écoute chaque partie.
La part effrayée dit : « Je ne veux plus jamais revivre ça. »
La part vivante dit : « Je veux aimer sans avoir peur. »
La part coupable dit : « Je dois payer. »
La part digne murmure : « Je veux marcher droite. »

Au lieu de faire taire l’une pour sauver l’autre, Élise redessine les territoires intérieurs.
Elle pose une limite claire à la peur : elle ne décidera plus seule.
Elle donne à la culpabilité un espace de mémoire, mais plus un trône.
Elle rend à la vie un territoire d’expression concret, même modeste.

Être gardienne signifie ici apprendre à dire intérieurement :
« Tu comptes, mais tu ne commandes pas. »

Ces limites intérieures deviennent des limites extérieures.
Elle cesse de participer à des conversations qui la violent sous couvert de débat.
Elle refuse les invitations qui l’obligent à se nier.
Elle apprend à dire non sans justification excessive.
Elle choisit à qui elle confie son histoire.

Ce ne sont pas des murs, mais des frontières vivantes.


Amana : troisième levier

Progressivement, Élise se dote de thèmes symboliques qui orientent ses comportements.
Elle ne cherche plus à être parfaite, mais fidèle.
Elle ne cherche plus à se racheter, mais à habiter sa vie.
Elle ne cherche plus à disparaître dans le travail, mais à honorer le vivant.

Ces thèmes deviennent des boussoles.
Dans son quotidien, elle choisit des gestes simples mais cohérents :
prendre soin de son corps sans le punir,
s’autoriser des moments de douceur sans se justifier,
s’engager dans des relations où la vérité est possible,
offrir son écoute à d’autres femmes sans se sacrifier.

Elle ne parle plus depuis la honte, mais depuis une sobriété juste.
Elle ne s’explique plus pour exister.


Amana : quatrième levier

À travers ces choix répétés, Élise retrouve son identité.
Non pas celle d’une femme définie par un acte passé, mais celle d’une gardienne fidèle à ses dépôts sacrés.

Ses engagements deviennent visibles.
Elle choisit des lieux, des relations, des projets où ses élans peuvent vivre sans se mutiler.
Elle n’agit plus contre elle-même.

Elle reconnaît enfin cette phrase intérieure, simple et ferme :
« Je suis digne de ce qui m’a été confié. »


Sulhie : premier levier

Lorsque vient le moment d’agir, les anciennes fables ressurgissent.
« Ce n’est pas le bon moment. »
« Je vais déranger. »
« On va mal me comprendre. »
« Je dramatise. »
« Après tout, j’ai déjà survécu comme ça. »

Ses pensées convoquent le passé pour justifier l’évitement.
Elles brandissent la fatigue, la peur, les anciennes humiliations.

Mais Élise apprend la lucidité.
Elle distingue les faits des récits.
Le fait est qu’elle a le droit de poser une limite.
Le fait est qu’elle n’est pas en danger ici et maintenant.
Le fait est que ses pensées ne sont que des pensées.

Elle les laisse passer.
Elle revient à ce qui compte maintenant.
Elle ne combat plus sa narration intérieure ; elle cesse simplement de lui obéir.


Sulhie : deuxième levier

Exprimer ses limites réveille l’inconfort.
Son cœur bat trop vite.
Sa voix tremble.
Son corps veut fuir.

Elle reste.
Elle respire.
Elle ne se corrige pas.

La première fois est rude. La deuxième un peu moins.
À force d’expositions successives, quelque chose se détend.
L’inconfort perd son pouvoir.

La maturité émotionnelle s’installe quand Élise découvre qu’elle peut ressentir sans se dissoudre.
La peur passe. La douceur reste.


Sulhie : troisième levier

Les conflits internes se transforment.
La part coupable n’est plus rejetée ; elle est reconnue, puis apaisée.
La part vivante retrouve sa voix sans écraser les autres.
La part protectrice cesse d’être rigide.

Élise se rassemble.
Elle ne choisit plus entre ses parties ; elle les relie.
Chacune a sa place. Chacune est honorée.

C’est une réconciliation intime, profonde, silencieuse.


Sulhie : quatrième levier

Alors l’action change de nature.
Elle n’est plus tendue, ni héroïque.
Elle est simple.

Élise agit avec relâchement.
Elle parle quand c’est juste.
Elle se retire quand c’est nécessaire.
Elle ouvre sans se livrer entièrement.

Sa force ne vient plus de l’effort, mais de la source.
Ses élans vitaux nourris agissent sans l’épuiser.


Sulhie : cinquième levier

Avec le temps, Élise constate.
Le monde ne s’est pas effondré.
Ses relations se sont clarifiées.
Ses dépôts sacrés sont honorés.

Les limites qu’elle a posées tiennent.
Elle est restée fidèle à ce qui compte.
Elle n’a plus besoin de se fuir pour survivre.

La blessure n’est plus une plaie ouverte.
Elle est devenue un lieu de profondeur.

Et Élise peut enfin se dire, sans trembler :
« Ce que j’ai traversé ne me définit pas.
Ce que je garde vivant, oui. »

La gardienne des pièces vivantes, une nouvelle littéraire sur la blessure emotionnelle de se faire avorter

À Lyon, au début des années deux mille, la ville avait cette manière de se donner à la fois comme un théâtre et comme une maison…

Illustration d'une Nouvelle littéraire située à Lyon dans les années 2000, explorant la blessure d’un avortement et sa guérison par l’Amana et la Sulhie, entre honte, limites et réconciliation intérieure.