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faire une fausse couche

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faire une fausse couche

Dans le petit salon que la pluie rendait plus étroit encore, tout semblait avoir pris cette teinte de cendre qu’ont les choses lorsqu’une espérance s’est retirée d’elles…

application de l’Amana et de la sulhie

Voici une résolution incarnée du conflit intérieur « faire une fausse couche », inspirée du dialogue précédent, en prenant une lutte interne précise et en montrant pas à pas comment elle se résout par l’Amana puis par la Sulhie.

LUTTE INTERNE CHOISIE :
Le personnage se sent responsable de la fausse couche.
Il croit, malgré toute raison médicale, que son désir ambivalent, sa fatigue, ses pensées ou ses gestes ont causé la perte. Cette culpabilité lui donne l’illusion d’un contrôle, mais l’emprisonne.


Amana : premier levier : reconnaître les dépôts sacrés en jeu

Dans le tumulte intérieur du personnage, plusieurs parties s’affrontent sans qu’il en ait conscience. Chacune est issue d’un dépôt sacré, d’un élan vital confié à sa garde.

Il y a d’abord l’élan de protection de la vie. Cette partie voulait préserver, nourrir, garantir la continuité. Elle porte le besoin supérieur de sécurité et de responsabilité. Après la fausse couche, elle se retourne contre lui : « Si j’avais mieux protégé, cela ne serait pas arrivé. »

Il y a ensuite l’élan de vérité intérieure. Celui qui savait que la grossesse n’était pas entièrement désirée, que la peur existait, que la vie réelle ne ressemblait pas à l’image idéalisée. Cet élan porte le besoin supérieur de justesse et d’authenticité. Après la perte, il est accusé : « Ton ambivalence a détruit. »

Il y a aussi l’élan de lien et d’amour, tourné vers l’enfant, le partenaire, la lignée, les attentes familiales. Il porte le besoin d’appartenance. Il murmure : « Tu as trahi ce lien. »

Enfin, l’élan d’intégrité personnelle, celui qui cherche à rester entier, vivant, fidèle à soi malgré la douleur. Il porte le besoin de dignité. Il est étouffé sous la honte.

La pression extérieure — discours médicaux, silences sociaux, injonctions à “passer à autre chose” — n’a fait qu’agiter ces dépôts, sans les reconnaître. Le personnage comprend alors une première vérité : il n’est pas coupable, il est dépositaire.


Amana : deuxième levier : le gardien redessine les territoires

Une fois les dépôts identifiés, le personnage cesse de se juger et endosse une autre posture : celle du gardien.

Le gardien écoute chaque partie sans leur laisser le pouvoir de gouverner seules.

À l’élan de protection, il dit intérieurement :
« Ta mission n’est pas de contrôler l’imprévisible, mais de veiller au vivant aujourd’hui. Tu n’es pas responsable de ce qui échappe au vivant. »

À l’élan de vérité intérieure, il pose une limite claire :
« L’ambivalence n’est pas une faute. Elle est une donnée humaine. Tu n’as pas le droit de devenir une arme contre moi. »

À l’élan de lien, il redéfinit le territoire :
« L’amour ne se prouve pas par la punition de soi. Le lien existe même sans enfant vivant. »

À l’élan d’intégrité, il rend un espace nouveau :
« Tu as le droit d’exister sans te justifier. Ta dignité n’est pas conditionnelle. »

Ces limites intérieures deviennent des limites extérieures.
Le personnage commence à les porter dans son quotidien :
il refuse certaines conversations intrusives,
il dit « je ne veux pas analyser ce qui s’est passé »,
il s’autorise à répondre « je ne suis pas responsable ».

Le gardien ne rejette aucune partie, mais il les empêche de s’envahir.


Amana : troisième levier : les thèmes symboliques comme boussole

Pour guider ses comportements, le personnage choisit des images-symboles qui incarnent son nouveau positionnement.

Il se voit comme un jardinier, non comme un démiurge. Le jardinier prépare la terre, arrose, protège, mais ne commande ni la pluie ni la germination.

Il se voit comme un veilleur, non comme un juge. Le veilleur reste présent dans la nuit sans prétendre dissoudre l’obscurité.

Il se voit comme un passeur, celui qui honore ce qui a existé sans s’y noyer.

Ces symboles l’aident à agir différemment :
parler avec sobriété,
choisir le silence plutôt que l’explication excessive,
prendre soin de son corps sans le punir,
honorer l’enfant perdu sans se confondre avec la perte.


Amana : quatrième levier : retrouver son identité

En accomplissant ces trois mouvements, le personnage retrouve son identité non comme “celui qui a échoué”, mais comme celui qui est resté fidèle à ses dépôts.

Il comprend qu’il est
fidèle à la vie en continuant de vivre,
fidèle à l’amour en refusant la haine de soi,
fidèle à la vérité en cessant de se mentir par culpabilité.

Son identité cesse d’être définie par l’événement. Elle se redéfinit par ses engagements présents.


Sulhie : premier levier : fables et lucidité

Lorsque vient le moment d’agir, des fables surgissent.

« Si je pose mes limites, on va me trouver froide. »
« Je suis fragile, je ne supporterai pas les réactions. »
« J’ai déjà trop failli pour m’affirmer. »
« Ce n’est pas si grave, je devrais passer à autre chose. »

Il reconnaît ces pensées comme des récits, non comme des faits.

Les faits sont simples :
poser une limite ne détruit pas le lien,
ne pas se punir ne nie pas la perte,
se respecter n’efface pas l’enfant.

Il apprend à entendre la narration intérieure et à la laisser passer, sans s’y fondre. Ce qui compte, ici et maintenant, c’est l’honnêteté avec soi.


Sulhie : deuxième levier : maturité émotionnelle et inconfort

Quand il exprime ses limites, l’inconfort surgit.

Le cœur bat trop vite.
La gorge se serre.
La peur d’être rejeté apparaît.

Il reste.
Il ne se corrige pas.
Il ne s’excuse pas d’exister.

La première fois, l’inconfort est intense.
La seconde, il est encore là, mais plus court.
La troisième, il se dissout plus vite.

Peu à peu, la maturité émotionnelle s’installe :
la peur est ressentie sans être suivie,
la crispation cède à une douceur ferme.


Sulhie : troisième levier : réconciliation des parties

À l’intérieur, les parties autrefois en guerre se rassemblent.

La protectrice comprend qu’elle peut protéger sans accuser.
La partie ambivalente retrouve sa légitimité.
La part aimante cesse de se sacrifier.
L’intégrité devient le centre.

Le personnage se sent moins fragmenté. Il ne lutte plus contre lui-même.


Sulhie : quatrième levier : agir par relâchement

Les actes deviennent simples, doux, efficaces.

Il décline une invitation sans justification excessive.
Il parle de la fausse couche sans s’expliquer.
Il choisit des gestes de soin qui nourrissent au lieu d’épuiser.

Ce sont des actions qui ne fatiguent pas, parce qu’elles viennent de la source, non de la tension.


Sulhie : cinquième levier : constat et résolution

Le personnage constate alors, avec surprise, que
le monde ne s’est pas effondré,
les liens essentiels ont tenu,
les dépôts sacrés sont honorés,
les limites posées ont créé plus de respect que de rupture.

Il a dépassé la fusion cognitive,
tenu l’inconfort sans se trahir,
réconcilié ses parts,
agi avec douceur et constance.

Le conflit est résolu non parce que la douleur a disparu, mais parce qu’elle n’est plus dirigée contre lui.

La fausse couche cesse d’être une condamnation intérieure.
Elle devient une traversée intégrée, digne, vivante.

Ce que la terre garde, une nouvelle littéraire sur les conflits internes dus à une fausse couche

Lyon, octobre 2013. La ville avait cette lumière de cuivre qui s’attarde sur les façades de la Presqu’île avant de glisser vers la Saône…

Illustration d'une Nouvelle littéraire située à Lyon dans les années 2010, sur la fausse couche, le deuil et la reconstruction intérieure par la douceur, la fidélité à soi et la réconciliation.