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faire une erreur de jugement

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faire une erreur de jugement

Tu sais, dit-il en s’asseyant comme on s’abandonne, j’ai fait cette chose que l’on nomme si proprement une erreur de jugement…

application de l’Amana et de la sulhie

Voici une proposition de résolution incarnée du conflit « faire une erreur de jugement », inspirée du dialogue précédent.
Parmi les luttes internes centrales évoquées, l’exemple traitée sera le suivant :

la tension entre le désir de maturité et l’attrait de l’impulsivité, entre liberté immédiate et responsabilité durable.


Amana : premier levier

Le personnage commence par reconnaître que ce qui le déchire n’est pas une faute morale, mais une mise en tension de dépôts sacrés confiés à son intériorité. Il comprend peu à peu que chaque impulsion, même maladroite, est le signal d’un besoin vital qui cherche à vivre.

Il identifie d’abord plusieurs dépôts à l’œuvre.
Il y a le dépôt de liberté, porteur de l’élan vital de mouvement, de découverte, de plaisir immédiat, du besoin supérieur d’expansion et de joie.
Il y a le dépôt de responsabilité, lié à l’élan de structure et de sécurité, au besoin supérieur de cohérence, de fiabilité, d’inscription dans la durée.
Il y a aussi le dépôt de reconnaissance, rattaché à l’élan relationnel, au besoin d’appartenance et de regard bienveillant.
Enfin, plus enfoui, le dépôt de dignité, lié à l’élan d’intégrité, au besoin d’être fidèle à soi sans se fragmenter.

Il réalise alors que la pression extérieure n’a fait qu’agiter ces dépôts. La bande d’amis, l’urgence, le regard social n’étaient pas l’ennemi. Ils ont simplement réveillé le dépôt de liberté qui se sentait à l’étroit, et le dépôt de reconnaissance qui cherchait à être validé. Son erreur de jugement n’était pas une trahison de soi, mais une tentative maladroite de faire vivre ce qui manquait d’espace.

Amana : deuxième levier

Vient alors le deuxième levier de l’Amana. Le personnage cesse de se vivre comme un champ de bataille et commence à se reconnaître comme gardien. Il comprend que son rôle n’est pas de supprimer un dépôt au profit d’un autre, mais d’en redessiner les territoires pour que chacun respire sans envahir.

Il sent que le dépôt de liberté se vit comme contraint, étouffé par la peur des conséquences, et qu’il se rebelle par l’impulsivité. Il sent aussi que le dépôt de responsabilité se vit comme assiégé, constamment trahi, obligé de réparer, de porter les conséquences seul. En tant que gardien, il se donne la dignité de poser des limites intérieures. Il dit intérieurement à sa liberté qu’elle a droit à l’intensité, mais pas au chaos. Il lui offre un espace précis, celui d’actions créatives, sportives, expressives, où l’élan peut se déployer sans se détruire. Il dit à sa responsabilité qu’elle n’est plus là pour punir, mais pour orienter. Il lui redonne un territoire clair, celui des décisions structurantes, des engagements tenus, des choix différés mais assumés.

Il pose alors des limites internes qui deviendront externes. Il décide que toute décision engageant son avenir devra passer par une nuit de repos. Il décide que la recherche de reconnaissance ne passera plus par la transgression, mais par l’expression claire de ses valeurs. Il décide que la loyauté envers les autres ne se fera plus au détriment de sa dignité.

Amana : troisième levier

Dans le troisième levier de l’Amana, le travail du gardien se traduit par des thèmes symboliques qui deviennent des boussoles. Le personnage choisit l’image du seuil, ce lieu où l’on s’arrête avant d’entrer, pour se rappeler la pause consciente. Il adopte le symbole de la source plutôt que de l’incendie, pour rappeler que la vraie intensité nourrit au lieu de consumer. Il se guide aussi par la métaphore du tissage, où chaque dépôt est un fil distinct, mais où la solidité vient de leur alliance.

Ces symboles deviennent concrets dans son quotidien. Lorsqu’il sent l’impulsion monter, il se demande s’il agit depuis l’incendie ou depuis la source. Lorsqu’il hésite à poser une limite, il se rappelle qu’un seuil n’est pas un mur, mais une transition respectueuse.

Amana : quatrième levier

Le quatrième levier de l’Amana s’accomplit alors presque naturellement. En honorant chaque dépôt, en redessinant leurs territoires, le personnage retrouve une identité cohérente. Il ne se définit plus comme impulsif ou irresponsable, mais comme gardien fidèle de ce qui lui a été confié. Sa fidélité n’est plus à une image sociale, mais à ses engagements intérieurs. Il se reconnaît comme quelqu’un qui peut être vivant sans se perdre, libre sans se trahir.


Sulhie : premier levier

Vient le moment où cette réorganisation intérieure doit se vivre dans le monde. Le premier levier de la Sulhie commence par la lucidité face aux fables intérieures. Le personnage remarque les histoires que son mental lui raconte pour éviter d’agir. Il entend la voix qui dit que poser une limite va le faire rejeter. Celle qui rappelle ses échecs passés pour prouver qu’il ne changera jamais. Celle qui affirme que ce n’est pas le bon moment, qu’il vaut mieux attendre.

Il observe ces pensées comme des narrations, non comme des vérités. Il distingue les faits, qui sont qu’il a déjà survécu à des conflits, qu’il a déjà été respecté lorsqu’il s’est affirmé, qu’il est aujourd’hui plus conscient qu’hier. Il comprend que ses pensées sont des tentatives de protection, pas des ordres. Il laisse passer la narration sans s’y fondre, revenant à ce qui compte ici et maintenant, honorer ses dépôts.

Sulhie : deuxième levier

Dans le deuxième levier de la Sulhie, il accepte l’inconfort émotionnel. Lorsqu’il exprime une limite à un ami, son corps se crispe, son cœur bat plus vite, une peur ancienne se réveille. Il ne fuit pas. Il reste. Il respire. Il parle malgré la voix tremblante. L’inconfort est intense, puis supportable, puis étonnamment transitoire. À force d’expositions successives, il découvre que l’émotion monte, atteint un pic, puis redescend. La douceur remplace peu à peu la crispation. La maturité émotionnelle s’acquiert non par la disparition de la peur, mais par la capacité à la traverser sans se trahir.

Sulhie : troisième levier

Le troisième levier de la Sulhie est une réconciliation intérieure. Le personnage se rassemble. Il parle intérieurement à ses différentes parties. À la liberté, il dit qu’elle est entendue et qu’elle aura ses espaces. À la responsabilité, il dit qu’elle n’est plus seule à porter. À la reconnaissance, il offre des relations plus justes. Chacune reçoit une délimitation claire, non comme une restriction, mais comme une maison. Le conflit cesse d’éparpiller. Il unifie.

Sulhie : quatrième levier

Dans le quatrième levier, l’agir devient fluide. Le personnage agit avec relâchement. Il pose une limite sans dureté. Il refuse sans se fermer. Il choisit sans violence intérieure. Il s’habite avec tendresse. Son action ne l’épuise pas, car elle est alimentée par la source de ses élans vitaux honorés. Il ne force plus, il s’accorde.

Sulhie : cinquième levier

Enfin, le cinquième levier se révèle dans le constat. Le monde ne s’est pas écroulé. Les relations ont changé, certaines se sont ajustées, d’autres se sont éloignées, mais aucune n’a détruit son existence. Les dépôts sacrés sont honorés. Les limites qu’il a redessinées intérieurement ont été portées à l’extérieur avec clarté. Il est resté fidèle à ce qu’il est appelé à vivre. Il a dépassé la fusion cognitive en voyant ses pensées pour ce qu’elles sont. Il a trouvé assez de maturité émotionnelle pour ne plus s’éviter lui-même. Il a signifié à chaque partie intérieure qu’elle comptait, et il a agi avec ouverture et douceur.

Le conflit est alors résolu, non parce que la tentation a disparu, mais parce que le personnage est devenu habité. Et dans cette habitation, l’erreur de jugement n’est plus une fatalité, mais un seuil franchi.

Le Seuil avant la Parole, une nouvelle littéraire sur le fait de faire une erreur de jugement

La première chose qu’Elias remarqua ce matin là, en tirant le rideau de son deux pièces au quartier de la Borde, ce fut la lumière pâle qui glissait sur les toits mouillés…

Illustration d'une Nouvelle littéraire contemporaine à Lausanne sur l’erreur de jugement, la responsabilité intérieure, la réconciliation et la paix retrouvée par des choix conscients.