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devoir prouver son innocence
Devoir prouver son innocence déclenche un bouleversement intérieur profond.
Le personnage sait qu’il n’a rien fait, mais découvre que la vérité ne suffit pas.
Il se heurte au regard des autres, chargé de soupçons, de silences et d’attentes.
Chaque geste devient interprétable, chaque parole potentiellement coupable.
Une angoisse sourde s’installe, nourrie par la peur de ne pas être cru.
Le personnage doute non de ses actes, mais de sa légitimité à se défendre.
Il oscille entre le besoin de clamer la vérité et la crainte d’aggraver sa situation.
S’ajoute souvent un dilemme moral, lorsque dire toute la vérité implique un proche.
La loyauté entre alors en conflit avec l’intégrité personnelle.
Le sentiment d’injustice se mêle à une culpabilité paradoxale.
Le personnage se sent isolé, même entouré.
Il revit sans cesse les événements, cherchant l’erreur invisible.
La pression extérieure ravive des blessures anciennes de rejet ou de honte.
Son estime vacille, car il se voit à travers les yeux accusateurs du monde.
Il lutte contre l’envie de se justifier sans fin ou de se taire définitivement.
La colère monte, mais doit être contenue pour ne pas confirmer les soupçons.
Peu à peu, le conflit révèle une question plus intime que judiciaire.
Qui suis je, lorsque mon innocence est mise en doute ?
Le personnage comprend que survivre exige une cohérence intérieure.
Il doit choisir entre se défendre à tout prix ou rester fidèle à lui même.
La résolution passe par la restauration de sa dignité.
Ainsi, prouver son innocence devient secondaire face au fait de l’habiter.
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devoir prouver son innocence
Tu sais ce qui me ronge, Clara ? Ce n’est pas seulement l’accusation. C’est la nécessité de prouver que je suis… moi…
« Tu sais ce qui me ronge, Clara ? Ce n’est pas seulement l’accusation. C’est la nécessité de prouver que je suis… moi. Que je ne suis pas ce qu’on raconte. Je marche dans la rue et j’ai l’impression que l’air lui même me juge. »
Clara le regarda longtemps, comme on regarde une maison qu’un incendie a léchée sans l’abattre, et dont on devine les poutres encore chaudes sous les apparences. « Ce que tu décris, c’est une pression accrue, une urgence constante. On dirait que chaque minute te somme de produire une preuve, un papier, un visage qui convainc. Et quand tu n’y arrives pas, tu as l’impression de commettre une erreur de plus. Une faute qui s’ajoute à la faute inventée. »
« Oui… et tout se frotte à tout, » répondit il, la voix comme éraillée. « Les relations grincent. Le moindre mot devient une friction. Je sens que je perds le contrôle, comme si ma vie était prise par une main étrangère. Et puis l’ego… tu sais… ce petit tyran intérieur qui veut crier “je n’ai rien fait”, mais qui se demande en même temps si crier ne te rend pas plus suspect. »
Clara posa les deux mains sur sa tasse, geste d’ancrage, comme si elle voulait tenir le monde immobile. « Raconte moi depuis le début. Dans quelle scène t’a t on jeté ? »
Il inspira, puis : « Le plus simple, c’est la version la plus brutale. On m’accuse d’un crime que je n’ai pas commis. Voilà. Comme si mon nom s’était retrouvé sur une enveloppe qui ne m’était pas destinée. Mais il y a pire. Parfois on n’est pas seulement accusé, on est piégé. Quelqu’un a fait le mal, et on m’a placé au centre comme on plante un couteau dans une table pour qu’il y reste. »
Clara acquiesça, attentive. « Piégé pour le crime d’autrui… Et l’erreur d’identité, tu y as pensé ? Il suffit qu’on te confonde. Une silhouette dans une ruelle, un manteau semblable, un témoin pressé, et la méprise devient loi. »
« Exactement. Et tu sais ce que j’ai compris ? Il suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Sortir d’un café quand la police arrive. Passer devant une bijouterie quand l’alarme hurle. On te regarde, on te voit, et tout d’un coup tu parais coupable par association. Même si tu n’as fait que respirer. »
Clara eut un sourire triste. « Et parfois l’innocence a l’air suspecte, parce qu’elle ignore comment se présenter. Imagine quelqu’un surpris en train de faire quelque chose d’inoffensif, mais qui paraît louche. Oublier où l’on a garé sa voiture, essayer d’ouvrir la mauvaise portière… Les gens ne voient pas l’oubli, ils voient le geste. Ils ne voient pas la distraction, ils voient l’effraction. »
Il serra les mâchoires. « Et mon passé n’arrange rien. On me soupçonne parce qu’autrefois… j’ai fait une bêtise qui ressemble de loin à l’affaire d’aujourd’hui. Comme si une faute ancienne autorisait qu’on me prête toutes les fautes futures. »
Clara se pencha, la voix plus basse, presque fraternelle. « Voilà le piège des complications mineures, celles qui n’ont l’air de rien, mais qui te dévorent. Les conversations délicates, par exemple. Tu dois parler à celui qui t’accuse, plaider ta cause, choisir chaque mot. Et si tu t’emportes, on dira “vous voyez”. Si tu te tais, on dira “il cache”. Alors tu discutes comme on marche sur des tessons. »
Il hocha la tête, comme s’il sentait sous ses pieds le verre. « Et je perds un temps fou. Prouver que je n’ai pas fait, au lieu de faire. Mes journées se mangent elles mêmes. Je devais avancer sur mon travail, voir ma mère, respirer un peu, mais je passe mon temps à rassembler des bribes. À expliquer, à répéter, à reconstruire. »
« On t’oblige à t’absenter, » poursuivit Clara, « pour faire des déclarations, rencontrer des gens, répondre à des demandes. Et chaque absence nourrit une autre rumeur. On te dit “il n’est jamais là”, comme si l’invisible devenait déjà coupable. »
Il eut un rire sans joie. « La frustration et la colère, oui. Et l’anxiété surtout. Parce que je ne sais même pas comment prouver. J’ignore où trouver les preuves. Je ne suis pas enquêteur. Je suis juste… moi. Et je n’ai pas d’alibi. Cette soirée là, j’étais seul. Alors le vide devient un argument contre moi. »
Clara soupira. « Et tu rencontres des gens déterminés à te faire déclarer coupable. Certains par conviction, d’autres par intérêt. Celui qui a besoin d’un coupable pour clore une affaire, celui qui veut un récit simple, celui qui aime avoir raison. Ils te posent des questions difficiles sous pression. Et tu dois répondre vite, sans te contredire, avec la peur au ventre. »
« Oui, » dit il. « Et je porte le fardeau de leur conviction. Je le sens dans leurs yeux. Comme si j’avais une tâche sur le front. Des amis se sont éloignés. Ils ne veulent pas entendre. Ils préfèrent se protéger, se dire qu’ils n’ont jamais été proches d’un “monstre”. Et même quand je parviens à démontrer quelque chose, il reste… une boue. Une difficulté à être cru, même après avoir prouvé. Comme si l’innocence n’effaçait pas la première impression. »
Clara le regarda avec une précision presque cruelle, celle des vrais amis qui osent nommer. « Et si la pente glisse, si la machine s’emballe, les résultats peuvent être désastreux. Le pire, c’est quand tu réagis impulsivement. Tu cries, tu claques une porte, tu menaces de porter plainte contre tout le monde. Et aussitôt on te lit comme on lit un coupable. On se dit “il s’énerve, donc il ment”. Même si ton énervement n’est que la douleur. »
Il ferma les yeux. « J’ai senti ça. Chaque mouvement devient suspect. Et si mes proches finissent par me croire coupable, je perds mon dernier refuge. On m’abandonne. On se détourne. Et ceux qui restent risquent d’être incriminés par leur lien avec moi. On les soupçonne, on les interroge, on les salit. »
Clara reprit, implacable. « On peut t’imposer un long procès. T’user par des mois, des années. Et si tu n’as pas les moyens de te payer un avocat, tu te défends mal, non parce que tu es coupable, mais parce que tu ne sais pas parler leur langue. La justice a ses dialectes, ses rites, et toi tu arrives avec ton cœur nu. Pendant ce temps, les victimes supposées cherchent parfois à se venger, ou bien ceux qui se croient victimes. Ils te harcèlent, ils te menacent, ils veulent une réparation immédiate, même si elle se trompe de cible. Ta réputation se compromet. Tu perds ton emploi. Un couple se déchire, parce que vivre avec le soupçon, c’est vivre avec une ombre à table. »
Il murmura : « Et ils peuvent m’obliger à suivre un programme de réhabilitation, long, humiliant, inutile. Comme si je devais être réparé d’un mal que je n’ai pas. Et puis… il y a la prison. La condamnation. L’enfermement. »
Clara se tut une seconde, puis ajouta doucement : « Le stress peut te trahir. Tu trembles, tu bafouilles, tu as l’air coupable. Même un test polygraphique, s’ils t’y soumettent, peut échouer parce que ton corps panique. Et parfois, des preuves de ton passé refont surface. Pas forcément liées au crime, mais accablantes aux yeux du public. Une vieille bagarre, une ancienne fraude, une erreur de jeunesse. Tout revient, et on dit “il a toujours été comme ça”. »
Il passa une main sur son visage, comme pour effacer une fatigue ancienne. « Voilà les émotions. Je suis agité, en colère, anxieux. Amer. Inquiet. Défensif. Par moments désespéré, puis soudain déterminé, comme si je devais survivre par orgueil. Je crains, j’ai peur, j’ai honte, je suis embarrassé. Je suis troublé, frustré, intimidé, irrité, nerveux. Accablé. En rage. Et parfois je me surprends à me plaindre de moi même, à m’apitoyer, puis je me déteste de m’apitoyer. Je deviens sceptique. Je ne crois plus personne. »
Clara lui prit enfin la main, geste rare, mais exact. « Les luttes internes sont les plus invisibles. Tu veux prouver ton innocence sans savoir comment t’y prendre, et tu te sens isolé et insecure, même entouré. Tu te demandes “à qui parler ? qui croire ?”. Tu veux dire la vérité, mais la vérité impliquerait peut être un être cher. Un frère qui t’a prêté sa voiture ce soir là, une amie qui t’a couvert sans comprendre. Et tu te sens coupable, même si tu n’as rien fait, parce qu’on t’a inculqué la honte comme on inculque une doctrine. »
Il souffla : « Oui. Et j’ai parfois envie de me venger de l’accusateur. De le détruire comme il me détruit. Mais je réprime, parce que je sens que la vengeance me ferait ressembler à la caricature qu’ils ont de moi. Alors j’étouffe. J’étouffe ma colère, ma rage, mon amertume pour tenter de retrouver une vie normale. Et la nuit, je revis tout. Je repasse l’interaction, la scène, le moment. Je cherche un détail, une porte, une phrase, un ticket, un témoin que j’aurais oublié. Je deviens le prisonnier de ma propre mémoire. »
Clara le scruta comme une physiognomoniste de salon, attentive aux fractures de l’âme. « Et parfois, tu doutes de toi. Tu te dis “et si j’avais fait quelque chose sans le savoir ?”. C’est un poison subtil. La société te regarde si fort que tu finis par te regarder avec leurs yeux. Tu as peur de ne plus jamais être cru, même si tu es innocenté. Tu sens ton estime personnelle se dégrader, et tu comprends qu’entre la vérité et la vérité perçue, il y a un abîme. Tu te débats entre la dignité silencieuse, celle qui voudrait se tenir droite et ne pas quémander, et le besoin de se défendre bruyamment, de clamer, de hurler, de produire des preuves comme on jette des poignées de lumière dans une cave. »
Il serra plus fort sa main. « Et ce n’est pas seulement moi. »
« Non, » répondit Clara. « D’autres sont affectés négativement. Tes collègues, tes coéquipiers, soupçonnés coupables par association. Ils se sentent contaminés. Tes proches, parfois pris pour cible physiquement, insultés dans la rue, menacés, parce que quelqu’un veut punir ton entourage faute de pouvoir te punir toi. Tes associés perdent en crédibilité. On dit “s’il travaillait avec lui, c’est qu’il est pareil”. Une accusation déborde, elle se répand comme une encre dans l’eau. »
Il baissa les yeux. « Je reconnais aussi ce qui aggrave la situation. Certains traits en moi, ou en n’importe qui. Si je deviens abrasif, les gens reculent. Si je parais apathique, ils se disent que je m’en fiche. Si je suis conflictuel, ils voient un tempérament de coupable. Si je mens sur un détail par peur, même un détail insignifiant, ils me crucifient. Si je suis désorganisé, je perds un document et ça devient suspect. Si je suis irrespectueux, distrait, impatient, impulsif, inhibé, nerveux, peu communicatif, peu coopératif, contraire à l’éthique… tout ça compose un portrait qui peut être retourné contre moi. »
Clara hocha la tête. « Et le choc atteint les besoins fondamentaux. La réalisation de soi, d’abord. Si tu es condamné puis innocenté, la condamnation peut te voler tes objectifs. Un crime médiatisé reste gravé, et ton nom lui reste collé, comme une affiche qu’on n’arrache jamais tout à fait. L’estime et la reconnaissance ensuite. L’atteinte commence dès l’accusation. Même innocenté, certains te manqueront de respect, simplement parce que tu as été mêlé à l’affaire. L’amour et l’appartenance. On peut t’abandonner au moment où tu as le plus besoin de soutien. La sécurité. S’il y a prison, le danger devient quasi certain, la promiscuité, la violence, la perte de contrôle totale. Et même les besoins physiologiques, dans les cas extrêmes. Une condamnation pour un crime grave peut mener à la mort. Le corps lui même devient enjeu. »
Il avala sa salive. « Tout cela réveille des blessures. »
« Oui, » dit Clara, et son regard se durcit, parce qu’elle savait nommer sans trembler. « Abus de pouvoir. Lutte contre un trouble mental ou une fragilité que la pression déclenche. Harcèlement. Rejet, éloignement. Fausse accusation. Licenciement, mise à l’écart. Déception envers une organisation ou un système social en qui tu avais confiance. Rejet par tes pairs. Parfois, pour certains, cela réactive même des traumatismes anciens, comme avoir été enlevé enfant, ou avoir été victime de rumeurs malveillantes. Cela peut te faire craquer sous la pression. Te faire sentir trahi, livré. Réveiller une loyauté mal placée. Rencontrer préjugés et discrimination. Dire la vérité et être critiqué, moqué, accusé d’opportunisme. Et, au bout du cauchemar, l’emprisonnement illégal. »
Il resta silencieux, puis demanda d’une voix plus basse : « Et comment on tient ? »
Clara eut ce demi sourire des femmes qui ont lu la douleur dans les livres et dans les visages. « On tient par des qualités salvatrices. Être analytique, par exemple. Noter, recouper, établir une chronologie, comme un comptable du réel. Être audacieux, quand il faut oser confronter, oser demander une vidéo de surveillance, oser parler à un témoin. Rester calme, pas froid, mais stable. Charmer parfois, non pour manipuler, mais pour ouvrir les portes, pour être entendu. Être sûr de soi sans arrogance. Coopératif avec ceux qui peuvent aider. Courtois, même quand l’injustice provoque l’envie de mordre. Discret, pour ne pas nourrir le scandale. Efficace, parce que l’innocence n’est pas qu’une émotion, c’est un dossier. Honnête, même dans les détails. Travailleur, parce que la vérité demande du labeur. Observateur, pour saisir le petit fait qui renverse une histoire. Optimiste, mais d’un optimisme lucide, celui qui dit “cela peut se dénouer”. Organisé, persévérant, persuasif, débrouillard. Toutes ces vertus ne sont pas des ornements, ce sont des outils. »
Il la regarda, un peu surpris, comme si dans ses mots il retrouvait un plan de survie. « Et après ? Supposons que je m’en sorte. Qu’est ce qui pourrait être… positif ? »
Clara prit une respiration, comme on ouvre une fenêtre dans une pièce enfumée. « D’abord, tu peux parvenir à prouver ton innocence et laver ton nom. Pas seulement devant la loi, mais devant toi. Ensuite, tu peux retrouver un nouveau souffle. Après un démêlé avec la justice, certains choisissent une nouvelle voie. Ils quittent une vie trop fragile, ils cherchent une existence plus alignée, plus ferme. Tu peux contribuer à rendre le monde plus sûr en fournissant des preuves contre le vrai coupable. Et tu peux sortir grandi, découvrir qui sont tes véritables amis, ceux qui restent quand les autres s’en vont. Tu peux même, un jour, pardonner à ton accusateur, non parce qu’il avait raison, mais parce que le pardon te libère du lien qu’il a essayé de te mettre au cou. »
Elle continua, avec cette précision qui donnait l’impression qu’elle dessinait une carte morale. « Tu peux aussi mettre en lumière une faille du système judiciaire et lutter pour la changer. Devenir celui qui a vu l’engrenage de l’intérieur, et qui refuse qu’il broie d’autres innocents. Et il y a cette révélation intime, rude, mais puissante. Si tu as réussi dans cette situation, tu te découvres capable d’endurer presque tout. Tu construis une identité qui ne dépend plus du regard des autres, parce que tu as appris, à tes dépens, que le regard des autres peut mentir. Tu peux transformer la souffrance en force, pas en dureté, mais en force morale, sociale, humaine. »
Il resta là, longtemps, comme si chaque phrase s’installait en lui. Puis il souffla, presque comme une prière : « Ce que tu dis… ça ne me rend pas la paix, pas encore. Mais ça me rend une direction. »
Clara serra doucement sa main. « Alors prends la direction. Et surtout, n’oublie pas ceci. On peut te voler ta réputation, mais on ne peut pas te voler la vérité tant que tu la tiens, patiemment, comme une lampe qu’on protège du vent. Et moi, je suis là. Pas pour te juger. Pour t’aider à tenir la lampe. »
application de l’Amana et de la sulhie
It all started in our parents garage…
Voici une proposition de résolution incarnée du conflit « devoir prouver son innocence », directement inspirée du dialogue précédent.
Lutte interne choisie :
« Vouloir dire la vérité, mais sentir que cette vérité implique un être cher, et se sentir coupable malgré son innocence. »
Le personnage est innocent du crime, mais un détail de vérité risque d’exposer quelqu’un qu’il aime. Il est écartelé entre intégrité, loyauté et survie. C’est ce nœud intérieur que l’Amana puis la Sulhie viennent résoudre.
RÉSOLUTION par l’amana
AMANA : PREMIER LEVIER
Reconnaître les dépôts sacrés en jeu
Le personnage cesse d’aborder son conflit comme un combat entre “avoir raison” et “être sauvé”. Il commence par reconnaître que ce qui s’agite en lui ne sont pas des défauts, mais des dépôts sacrés confiés à sa garde.
Il en distingue plusieurs.
D’abord, le dépôt de vérité et de droiture.
Ce dépôt répond à l’élan vital du sens et de la justesse. Son besoin supérieur est d’être aligné, de ne pas trahir ce qu’il sait être vrai. La pression extérieure de l’accusation réveille ce dépôt : on lui demande de mentir, de taire, de contourner.
Ensuite, le dépôt de loyauté affective.
Issu de l’élan vital du lien, il porte le besoin supérieur de protection, de fidélité, d’appartenance. Dire toute la vérité pourrait exposer un proche à la suspicion ou à la douleur. Ce dépôt s’agite violemment : “Si je parle, je trahis”.
Enfin, le dépôt de dignité personnelle.
Issu de l’élan vital de l’existence, il porte le besoin d’être reconnu comme sujet, non comme coupable désigné. Ce dépôt souffre d’être écrasé, nié, sacrifié au profit des autres.
Le personnage comprend alors une chose essentielle :
ce conflit n’est pas une faute morale.
C’est une collision de dépôts sacrés, tous légitimes, tous porteurs de vie.
AMANA : DEUXIÈME LEVIER
Le gardien se lève et redessine les territoires
Jusqu’ici, ces dépôts se disputaient l’espace intérieur sans régulation.
Le personnage était fusionné à chacun tour à tour :
tantôt écrasé par la loyauté, tantôt étouffé par la vérité, tantôt terrorisé pour sa propre survie.
Il devient alors gardien.
Cela signifie qu’il assume une responsabilité sacrée :
aucun dépôt ne sera sacrifié,
mais aucun ne dominera les autres.
Il commence par poser des limites intérieures claires.
À la vérité, il dit :
“Tu as le droit d’exister, mais tu n’as pas le droit de détruire aveuglément.”
À la loyauté, il dit :
“Tu es précieuse, mais tu n’as pas le droit de me condamner à disparaître.”
À la dignité, il dit :
“Tu n’es plus négociable. Tu es le socle.”
Concrètement, il redessine les territoires ainsi :
la vérité sera dite sans accusation,
la loyauté sera honorée sans mensonge,
la dignité sera protégée sans violence.
Des limites apparaissent, que le personnage devra porter à l’extérieur :
il refuse désormais de répondre à des interrogatoires informels sans cadre,
il cesse de se justifier émotionnellement,
il accepte de dire “je ne répondrai pas à cette question ainsi”,
il distingue ce qui relève de sa responsabilité de ce qui ne lui appartient pas.
AMANA : TROISIÈME LEVIER
Les thèmes symboliques comme boussole
Le gardien ne gouverne pas par règles abstraites, mais par symboles vivants.
Le personnage choisit trois thèmes pour guider ses actes.
La clarté tranquille :
parler peu, mais juste. Ne plus sur expliquer. Laisser les faits respirer.
La droiture habitée :
tenir droit sans raideur. Ne plus s’effondrer pour être cru.
La fidélité sans fusion :
aimer sans se perdre. Protéger sans se nier.
Ces thèmes deviennent concrets dans son quotidien :
il prépare ses paroles avant les entretiens,
il écrit les faits au lieu de les improviser,
il accepte le silence là où il parlait par peur.
AMANA : QUATRIÈME LEVIER
Retrouver son identité par la fidélité aux dépôts
En honorant ces trois premiers leviers, quelque chose se restaure.
Le personnage ne se définit plus comme
“celui qui doit prouver son innocence”.
Il se reconnaît comme
“celui qui est fidèle à la vérité, à ses liens, et à sa dignité”.
Son identité ne dépend plus de l’issue immédiate du procès,
mais de sa cohérence intérieure.
Il retrouve une sensation simple et puissante :
“Je sais qui je suis, même si le monde doute.”
résolution par La sulhie
SULHIE : PREMIER LEVIER
Démasquer les fables intérieures
Lorsque vient le moment d’agir, les anciennes fables surgissent.
“Si je pose cette limite, ils vont penser que je cache quelque chose.”
“Je ne suis pas assez fort pour tenir face à eux.”
“J’ai déjà fait des erreurs dans le passé, donc je mérite peut-être ce soupçon.”
“Si je parle autrement, je vais tout perdre.”
Il apprend à distinguer faits et fables.
Les faits :
il est innocent,
il a le droit à un cadre juste,
poser une limite n’est pas une preuve de culpabilité.
Les fables :
ses pensées catastrophiques,
les scénarios hérités du passé,
la peur déguisée en prudence.
Il devient lucide :
“Ce ne sont que des pensées. Elles passent. Je reste.”
SULHIE : DEUXIÈME LEVIER
La maturité émotionnelle dans l’inconfort
Quand il pose ses limites, l’inconfort est là.
Le cœur bat plus vite.
La voix tremble.
La peur d’être rejeté surgit.
Il ne fuit pas.
Il reste.
Lors du premier entretien, l’angoisse est intense.
Au deuxième, elle est encore là, mais moins écrasante.
Au troisième, il sent un espace.
Au quatrième, une stabilité.
L’exposition répétée transforme la peur.
La crispation laisse place à une tension souple.
Puis à une fermeté douce.
La maturité émotionnelle s’installe :
il peut ressentir sans être submergé.
SULHIE : TROISIÈME LEVIER
Réconcilier les parties
Les parties intérieures cessent de se battre.
La loyauté comprend qu’elle n’est plus menacée.
La vérité se sent enfin exprimée sans brutalité.
La dignité retrouve sa place centrale.
Le personnage ne se sent plus éparpillé.
Il se rassemble.
Chaque partie est entendue, accueillie, restituée à son juste territoire.
Il n’y a plus de guerre intérieure, mais une coopération vivante.
SULHIE : QUATRIÈME LEVIER
L’agir conscient par relâchement
Ses actes changent de qualité.
Il agit sans tension inutile.
Il parle sans se défendre.
Il avance sans s’épuiser.
Ce n’est plus une force qui lutte,
mais une force qui coule depuis sa source :
les besoins vitaux restaurés.
Il s’habite avec tendresse.
Il répond avec douceur ferme.
Son action ne le fatigue plus.
SULHIE : CINQUIÈME LEVIER
Constat : le conflit est résolu
Le monde ne s’est pas effondré.
Ses limites ont été posées.
Ses dépôts sacrés ont été honorés.
Sa ligne intérieure a été suivie.
Il a dépassé la fusion cognitive.
Il a traversé l’inconfort émotionnel.
Il s’est rassemblé.
Il a agi avec ouverture et stabilité.
Et surtout, il constate ceci :
le conflit n’a plus de prise.
Quelles que soient les suites extérieures,
le nœud intérieur est dénoué.
Il n’a plus besoin de prouver son innocence.
Il l’habite.
La lampe sous la peau, une nouvelle littéraire sur le fait de devoir prouver son innocence
Il y a des jours où l’innocence ne pèse rien. Elle ne protège pas. Elle ne rassure pas. Elle n’est ni armure ni preuve…

