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devoir s’entendre avec un ennemi

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devoir s’entendre avec un ennemi

Application de l’amana et de la sulhie

Voici une résolution incarnée et progressive du conflit devoir s’entendre avec un ennemi, inspirée du dialogue précédent, en prenant une lutte interne précise comme fil conducteur :

Découvrir des qualités attachantes chez une personne qu’on devrait détester, et vivre cela comme une trahison intérieure.

La résolution se fait en deux temps vivants et complémentaires : l’Amana (réconciliation intérieure et fidélité aux dépôts sacrés) puis la Sulhie (mise en paix concrète dans le réel).


(le travail intérieur du gardien des dépôts sacrés)

Amana : premier levier : reconnaître les dépôts sacrés en jeu

Le personnage commence par déplacer son regard. Il cesse de réduire le conflit à un affrontement d’ego ou de stratégies. Il comprend que ce qui est agité en lui n’est pas seulement la présence de l’ennemi, mais l’activation de plusieurs dépôts sacrés, confiés à sa responsabilité.

Il identifie d’abord un dépôt lié à la dignité. Il a besoin de se sentir respectable à ses propres yeux, fidèle à une ligne morale claire. Collaborer avec l’ennemi menace ce dépôt, car cela brouille la frontière entre loyauté et compromission.

Un second dépôt se révèle : le besoin de vérité et de justesse. En découvrant des qualités humaines chez son adversaire, quelque chose de plus grand que la haine réclame d’être honoré. Ce dépôt vital aspire à voir le réel tel qu’il est, sans caricature.

Un troisième dépôt s’éveille : la responsabilité. Même si la pression vient de l’extérieur, l’urgence, la mission commune, il comprend que cela touche son engagement profond à protéger ce qui doit l’être, un projet, des personnes, une œuvre, parfois même des enfants ou une équipe entière.

Enfin, il reconnaît un dépôt lié à l’intégrité relationnelle. Il a besoin de ne pas se mentir à lui-même, de ne pas jouer un rôle intérieur de durcir son cœur pour survivre.

Il comprend alors que l’ennemi n’est pas la cause du trouble, mais le révélateur d’un appel plus vaste : honorer ces dépôts sans les opposer entre eux.


Amana : deuxième levier : le gardien redessine les territoires

Une fois les dépôts identifiés, le personnage endosse pleinement son rôle de gardien. Il cesse de laisser ces parts se battre entre elles. Il les écoute, une à une, et pose des limites claires à l’intérieur.

Il dit à la part blessée de son orgueil
« Tu as le droit d’exister. Tu n’as pas à disparaître pour coopérer. Mais tu n’es plus autorisée à gouverner seule. »

Il dit à la part qui reconnaît les qualités de l’ennemi
« Tu n’es pas une traîtresse. Tu es la gardienne de la vérité. Mais tu ne décides pas des alliances à venir. »

Il trace une frontière nouvelle
La reconnaissance humaine n’implique ni l’oubli du passé, ni l’abandon de la vigilance.

Il définit une limite intérieure forte
Je peux collaborer sans me confondre.
Je peux voir sans excuser.
Je peux respecter sans me soumettre.

Ces limites deviennent des limites extérieures qu’il portera ensuite dans son quotidien
Il accepte de travailler avec l’ennemi sur des tâches définies.
Il refuse toute intimité feinte ou toute fausse réconciliation.
Il nomme clairement ce qui relève du projet commun et ce qui reste non négociable.

Le gardien ne cherche pas l’harmonie immédiate, mais la justesse vivante.


Amana : troisième levier : les thèmes symboliques qui guident l’action

Pour se soutenir, le personnage s’appuie sur des images intérieures fortes.

Il se voit comme un passeur sur un pont étroit
Le pont n’est pas un lieu pour s’installer, mais pour traverser ensemble sans tomber.

Il adopte le symbole de la lampe
Il éclaire ce qui est nécessaire, pas tout. La lumière sert à avancer, pas à disséquer l’autre.

Il se répète une ligne de conduite simple
« Je marche droit, même en terrain trouble. »

Ces symboles orientent ses comportements
Il parle peu, mais avec précision.
Il agit sans théâtralité.
Il refuse la surenchère émotionnelle.


Amana : quatrième levier : retrouver son identité par la fidélité

À force d’honorer ces choix, quelque chose se stabilise.
Il ne se définit plus par opposition à l’ennemi, mais par fidélité à ses engagements.

Il retrouve son identité
Non pas celui qui gagne contre,
mais celui qui demeure aligné avec ce qui lui a été confié.

Il se reconnaît comme un homme capable de tenir une ligne intérieure sans se raidir.
La collaboration cesse d’être une menace existentielle. Elle devient un acte situé, limité, assumé.


(la paix incarnée dans le quotidien)

Sulhie : premier levier : fables et lucidité

Lorsque vient le moment d’exprimer ses limites à l’ennemi, des fables surgissent.

Il se dit
« Si je parle clairement, il va m’écraser. »
« J’ai déjà essayé dans le passé, ça n’a jamais marché. »
« Ce n’est pas le bon moment. »
« Je suis trop sensible pour ce genre d’affrontement. »

Puis il observe avec lucidité
Ces pensées sont anciennes.
Elles parlent de peurs passées, pas du présent.

Les faits sont autres
Il a déjà tenu des positions difficiles.
Il n’est plus seul.
Le cadre est clair.
Ce qui compte maintenant, c’est le respect du dépôt, pas l’évitement de l’inconfort.

Il laisse passer les pensées comme un bruit de fond, sans leur donner le gouvernail.


Sulhie : deuxième levier : maturité émotionnelle

Quand il pose ses limites, l’inconfort surgit
Tension dans la poitrine.
Voix qui tremble.
Envie de se justifier.

Il reste.
Il respire.
Il ne se corrige pas.

L’ennemi réagit mal. Puis moins mal.
La vague émotionnelle monte, puis redescend.

À force d’expositions successives, quelque chose change
La crispation se transforme en solidité.
La peur devient une sensation traversable.
La douceur remplace la rigidité.

Il apprend que rester présent vaut plus que convaincre.


Sulhie : troisième levier : réconciliation des parties

À l’intérieur, il rassemble ce qui était éparpillé.

Il dit à sa colère
« Tu as été entendue. Tu n’as plus besoin de crier. »

Il dit à sa lucidité
« Tu peux rester ouverte sans te mettre en danger. »

Chaque partie retrouve un espace clair.
Aucune n’est bannie.
Aucune ne déborde.

Cette réconciliation intérieure se reflète à l’extérieur
Il parle sans attaque.
Il écoute sans se perdre.


Sulhie : quatrième levier : agir par relâchement

L’action devient simple.

Il propose un cadre clair.
Il tient ses engagements.
Il refuse ce qui dépasse la limite, sans dureté.

Il agit avec une force douce
Une force qui ne vient pas des réserves,
mais de la source restaurée de ses besoins vitaux.

Il ne se fatigue plus à lutter contre lui-même.


Sulhie : cinquième levier : constater que cela fonctionne

Et puis il constate.

Le monde ne s’est pas écroulé.
L’ennemi ne l’a pas détruit.
Les dépôts sacrés sont honorés.
Les limites tiennent.

Il a dépassé la fusion avec ses pensées.
Il a trouvé assez de maturité émotionnelle pour rester présent.
Il a signifié à chaque partie intérieure et extérieure qu’elle comptait.

Il agit désormais avec relâchement, ouverture et douceur.

Le conflit est résolu, non parce que l’ennemi a changé,
mais parce que le personnage s’est habité pleinement.

Et cela suffit.

Les contours de la justesse, une nouvelle littéraire sur le fait de devoir s’entendre avec un ennemi

La première fois qu’Adam revit Youssef Al Haddad, ce fut un matin de chaleur déjà insolente, bien que le soleil n’eût pas encore atteint son zénith…

Illustration d'une Nouvelle contemporaine à Dubaï sur l’art de s’entendre avec un ennemi, où limites intérieures, lucidité et maturité transforment le conflit en justesse.