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Choisir le moindre des deux maux

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choisir le moindre des deux maux

Tu sais ce qui me fatigue le plus, Clémence ? Ce n’est pas la douleur franche, celle qui s’abat comme un couperet. C’est ce genre d’instant…

application de l’Amana et de la sulhie

Voici une proposition de résolution incarnée du conflit « devoir choisir le moindre des deux maux », inspirée du dialogue précédent, en prenant une lutte interne précise et en la traversant pas à pas par l’Amana puis la Sulhie.

Point de départ :

Lutte interne issue de la liste :
Savoir ce qui est juste, mais être réticent à faire subir douleur et agonie aux autres.

Le personnage sait ce qu’il devrait faire. Sa lucidité morale est intacte.
Ce qui le paralyse n’est pas l’ignorance, mais la compassion mal ordonnée : il ne supporte pas d’être la cause directe de la souffrance, même nécessaire.
Il préfère alors différer, contourner, absorber la douleur en silence, jusqu’à s’y perdre.


I. AMANA : RETROUVER LE DÉPÔT SACRÉ

Amana : premier levier

Reconnaître les dépôts sacrés en jeu

Le personnage cesse de voir le conflit comme une opposition entre « bien » et « mal ».
Il apprend à le voir comme une collision de dépôts sacrés, chacun porteur d’un élan vital fondamental.

Il en identifie plusieurs :

  1. Le dépôt de justice et de vérité
    Relié à l’élan vital du sens et de la cohérence.
    Besoin supérieur : agir en accord avec ce qui est juste, ne pas trahir sa conscience.
    Exemple : dire la vérité, poser une décision difficile, refuser le mensonge confortable.
  2. Le dépôt de compassion et de protection
    Relié à l’élan vital du lien et de l’appartenance.
    Besoin supérieur : préserver les autres de la douleur, ne pas être destructeur.
    Exemple : éviter de licencier, ne pas rompre, ne pas dénoncer, ne pas confronter.
  3. Le dépôt de responsabilité
    Relié à l’élan vital de la structure et de la sécurité.
    Besoin supérieur : assumer un rôle, porter les conséquences, garantir la continuité.
    Exemple : décider pour un collectif, un enfant, une entreprise, une famille.

La pression extérieure ne crée pas ces tensions.
Elle réveille ces dépôts en lui, car ils lui ont été confiés.
Ce n’est pas un conflit à éliminer, mais un appel à garder.


Amana : deuxième levier

Le gardien se reconnaît légitime

Jusqu’ici, le personnage croyait devoir choisir quelle partie sacrifier.
Il découvre qu’il est en réalité le gardien des dépôts, non leur victime.

Dans son monde intérieur, il voit que ces dépôts se sentent contraints les uns par les autres.
La justice étouffe la compassion.
La compassion empêche la responsabilité d’agir.

Le rôle du gardien n’est pas de faire taire, mais de redessiner les territoires.

Il pose alors des limites intérieures claires :

  • À la compassion :
    « Tu n’as pas le droit de m’empêcher d’agir au nom de la vérité. Tu peux m’accompagner, pas me paralyser. »
  • À la justice :
    « Tu n’as pas le droit de devenir froide ou punitive. Tu agiras sans mépris. »
  • À la responsabilité :
    « Tu agiras sans t’écraser, mais sans te prendre pour Dieu. »

Ces limites deviennent portables à l’extérieur :

  • Dire non sans humilier.
  • Prendre une décision sans se justifier à l’infini.
  • Expliquer sans se dissoudre dans la culpabilité.

Le personnage accepte enfin sa dignité de gardien :
s’il ne pose pas de limites, les dépôts se détruisent entre eux.


Amana : troisième levier

Les thèmes symboliques qui guident l’action

Pour ne pas se perdre à nouveau, le personnage s’appuie sur des symboles simples, incarnés :

  • La boussole :
    Ce n’est pas le confort immédiat qui guide, mais la direction juste.
  • Le seuil :
    Toute décision est un passage. On ne peut rester éternellement entre deux pièces.
  • La main ferme et ouverte :
    Ferme dans la limite, ouverte dans l’intention.

Dans son quotidien, cela se traduit par :

  • Des paroles sobres, sans justification excessive.
  • Des gestes alignés, même tremblants.
  • Une posture stable : il n’attaque pas, il ne fuit pas.

Amana : quatrième levier

Retrouver son identité par la fidélité aux dépôts

En honorant les trois premiers leviers, le personnage cesse de se demander :
« Qui vais-je devenir après cette décision ? »

Il comprend :
je suis celui qui garde.

Son identité ne repose plus sur l’absence de souffrance causée,
mais sur la fidélité à ce qui lui a été confié.

Il n’est plus déchiré entre ses valeurs :
il les incarne ensemble, à leur juste place.


II. SULHIE : FAIRE VIVRE LA RÉCONCILIATION

Sulhie : premier levier

Fables intérieures et lucidité

Avant d’agir, les fables surgissent :

  • « Si je pose cette limite, je serai rejeté. »
  • « Je ne suis pas assez solide pour supporter leur douleur. »
  • « J’ai déjà échoué par le passé, je ferai encore mal. »
  • « D’autres feraient mieux que moi. »

Il reconnaît ces pensées comme des tentatives de protection, non des vérités.

Faits versus fables :

  • Fait : poser une limite ne tue pas.
  • Fait : la douleur existe déjà.
  • Fait : l’évitement l’a aggravée.

Il laisse passer les pensées comme un bruit de fond,
et revient à ce qui compte maintenant :
honorer les dépôts.


Sulhie : deuxième levier

Maturité émotionnelle et exposition

Quand il exprime ses limites, l’inconfort est là :

  • cœur serré
  • mains moites
  • peur de décevoir

Il ne fuit pas.
Il reste.

La première fois, la tempête dure longtemps.
La deuxième, un peu moins.
La troisième, il respire à l’intérieur même du tumulte.

À force d’exposition :

  • la crispation devient tension
  • la tension devient présence
  • la présence devient douceur

La maturité émotionnelle s’installe :
il découvre qu’il peut ressentir sans s’effondrer.


Sulhie : troisième levier

Réconciliation des parties

À l’intérieur, il rassemble ce qui était éparpillé :

  • La compassion est entendue :
    « Tu comptes. Tu adoucis mes gestes. »
  • La justice est honorée :
    « Tu guides mes choix. »
  • La responsabilité est confirmée :
    « Tu portes l’acte. »

Chacune retrouve son territoire.
Aucune n’est exclue.
Le conflit devient orchestration.


Sulhie : quatrième levier

L’agir conscient et doux

Il agit.

Pas par tension,
pas par colère,
mais par relâchement.

Il parle avec simplicité.
Il agit sans brutalité.
Il se traite lui-même avec tendresse.

L’action ne l’épuise pas, car elle vient de la source :
les élans vitaux restitués.


Sulhie : cinquième levier

Constat vivant

Et il constate, lentement :

  • Le monde ne s’est pas écroulé.
  • Les dépôts sacrés sont honorés.
  • Les limites tiennent.
  • Les relations se réorganisent.
  • Certaines s’éloignent, d’autres se clarifient.

Il a dépassé la fusion cognitive.
Il a tenu dans l’inconfort.
Il a posé des limites pour montrer que chaque partie compte.
Il a agi avec ouverture et douceur.

Et surtout, il découvre ceci :
le conflit n’était pas une condamnation, mais une initiation.

Il n’a pas choisi le moindre des deux maux.
Il a choisi d’être gardien, puis artisan de réconciliation.

Le conflit est résolu.
Non par disparition,
mais par intégration vivante.

la fidélité du gardien, une nouvelle littéraire sur devoir choisir entre le moindre des deux maux

Paris, 2035. La ville avait pris ce pli moderne de se croire transparente, comme si l’abondance des capteurs…

Illustration d'une Nouvelle littéraire située en 2035 : un dilemme moral où choisir le moindre des deux maux conduit à l’Amana et la Sulhie, entre responsabilité, justice et réconciliation intérieure.